05.10.2016 – Une protection supplémentaire mais insuffisante pour les éléphants à la CITES

L’UE et ses 28 votes empêchent une interdiction totale du commerce international de l’ivoire.

La Coalition pour l’Eléphant d’Afrique (CEA) et sa partenaire, la Fondation Franz Weber, ont remporté des victoires décisives dans leur combat contre le braconnage des éléphants d’Afrique lors de la 17eme Conférence des Parties (CoP17) de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) qui s’est achevée hier à Johannesburg, en Afrique du sud.

Les délégués représentant les 158 nations participant à la Conférence ont voté à une majorité écrasante contre la poursuite d’un processus destiné à légaliser le commerce de l’ivoire à l’avenir, clôturant ainsi les discussions à ce sujet menées sans résultat depuis huit ans.

Dimanche, la CITES a accepté de recommander aux pays de fermer urgemment leurs marchés domestiques d’ivoire brut et travaillé : c’est la première fois que la CITES recommande une telle fermeture plutôt qu’une simple règlementation des marchés nationaux. Un processus destiné à rédiger les directives pour la gestion et l’élimination des stocks d’ivoire a également été mis en place.

Lundi, une proposition conduite par la Coalition pour l’Eléphant d’Afrique (CEA) visant à inscrire tous les éléphants d’Afrique à l’annexe I de la CITES, le plus haut niveau de protection possible en matière de droit international imposant une interdiction totale du commerce international de l’ivoire, n’a néanmoins pas réussi à obtenir la majorité des 2/3 nécessaires. Deux contre-propositions qui auraient quant à elles autorisé à l’avenir le commerce de l’ivoire à une échelle globale ont toutefois aussi été rejetées.

Durant les longs débats animés autour de ces propositions, le Botswana, l’un des quatre pays où les populations d’éléphants sont actuellement listées en annexe II (un contrôle du commerce pour les espèces jugées moins menacées) a épaté l’assemblée en apportant finalement son soutien à la proposition de la CEA. “Bien que le Botswana ait auparavant soutenu l’idée d’un commerce restreint, nous reconnaissons à présent qu’il ne nous est plus possible de soutenir la vente d’ivoire ni de laisser ce problème de côté ” a ainsi déclaré Tshekedi Khama, le ministre de l’environnement, de la vie sauvage et du tourisme du Botswana. Le Botswana possède la population d’éléphants la plus importante d’Afrique.

L’Union Européenne, représentée par la Commission Européenne et participant à la CITES en tant qu’une seule Partie avec ses 28 Etats membres et s’exprimant donc en un seul vote bloc, s’est prononcée contre la proposition de la CEA. Seule la France parmi les pays les plus importants de l’UE, s’est positionnée pour la protection des éléphants et a plaidé en leur faveur auprès des autres Etats membres de l’UE.

“La position de l’Union Européenne est choquante”, déclare Vera Weber, présidente de la Fondation Franz Weber. “Leur attitude patriarcale et colonialiste vis-à-vis de la large majorité des pays de l’aire de répartition de l’éléphant d’Afrique exhortant à l’inscription de toutes ses populations à l’annexe 1 est honteuse. Même le Botswana s’est finalement prononcé pour cette inscription, mais malgré cela, l’UE a continué de faire la sourde oreille”.

“Aujourd’hui, c’est l’UE qui a entravé l’inscription de tous les éléphants d’Afrique à l’annexe I de la CITES” poursuit Dr. Rosalind Reeve, consultante séniore pour la Fondation Franz Weber. “Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Si l’UE avait soutenu la proposition de la CEA, à laquelle s’était rallié le Botswana, l’inscription de tous les éléphants d’Afrique à l’annexe I aurait été entérinée. Le sang des éléphants d’Afrique entache à présent les mains de l’UE”.

Après l’annonce surprise du Botswana déclarant soutenir la Coalition pour l’Eléphant d’Afrique, l’Angola et la Somalie ont décidé de rejoindre la Coalition. La CEA comprend à présent 78% des pays de l’aire de répartition de l’éléphant d’Afrique. La Fondation Franz Weber est partenaire de la CEA depuis sa création en 2008.

En 1989, toutes les populations d’éléphant d’Afrique ont été inscrites à l’annexe I de la CITES, interdisant ainsi le commerce international de l’ivoire. Mais la protection de l’éléphant d’Afrique a été affaiblie en 1997 et en 2000, lorsque ses populations dans quatre pays (le Botswana, la Namibie, l’Afrique du sud et le Zimbabwe) ont été rétrogradées en annexe II (signifiant un statut d’espèce moins menacée) de manière à autoriser deux ventes de stocks d’ivoire au Japon et à la Chine en 1999 et 2008. Un moratoire sur les propositions relatives au commerce de l’ivoire pour les pays de l’annexe II est en place depuis 2008 mais arrivera à échéance l’année prochaine, ce qui pourrait ouvrir la voie à la soumission de nouvelles propositions de commerce à ce sujet.

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La Coalition pour l’Eléphant d’Afrique

Les 31 membres de la Coalition pour l’Eléphant d’Afrique (CEA) sont : l’Angola, le Bénin, le Botswana, le Burkina Faso, le Burundi, le Cameroun, La République centrafricaine, le Tchad, Les Comores, La République Démocratique du Congo, la Guinée équatoriale, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Gabon, le Ghana, la Guinée, La Guinée-Bissau, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Liberia, le Mali, la Mauritanie, Le Niger, Le Nigeria, Le Rwanda, Le Sénégal, Le Sierra Leone, Le Sud-Soudan, le Togo et l’Ouganda. Des 31 pays membres de la Coalition, 29 sont des pays de l’aire de répartition de l’Eléphant d’Afrique, comprenant la majorité (78%) des 37 pays où l’espèce est présente à l’état sauvage.

La Fondation Franz Weber (FFW), basée en Suisse, mène campagne et s’engage pour la survie de l’éléphant d’Afrique et l’interdiction totale du commerce de l’ivoire depuis plus de 40 ans. La FFW possède le statut d’observatrice à la CITES depuis 1989 et est partenaire de la Coalition pour l’Eléphant d’Afrique depuis sa création en 2008. La FFW a géré pendant 25 ans le parc national Fazao-Malfakassa au Togo et ,en tant que partenaire de l’Unesco, soutient des projets de protection de la vie sauvage et des éléphants en Afrique centrale. La FFW soutient également un programme de valorisation des éléphants et de leur habitat naturel par l’écotourisme (EleWatch) ainsi qu’une étude sur les programmes anti-braconnage dans les aires protégées africaines (en partenariat avec l’IUCN PAPACO) visant à évaluer les mesures en place et à faciliter leur amélioration. La FFW est active à travers le monde entier pour préserver l’environnement, la biodiversité et protéger les animaux de la maltraitance.