16.06.2016 – La survie des éléphants d'Afrique s'organise à Montreux

Du 24 au 26 juin 2016, les 27 pays membres de la Coalition pour l'Eléphant d'Afrique ont rendez-vous à Montreux. Un pas de plus vers la nécessaire protection de ces animaux menacés d'extinction. La Fondation Franz Weber facilite cette importante réunion.

D'ici 2025, l'Afrique pourrait bien voir disparaître tous ses éléphants. Une catastrophe intimement liée au commerce de l'ivoire. Sous la pression des chasseurs, la population de pachydermes, dont il ne reste actuellement qu’environ 470 000 individus, ne cesse de diminuer. Il est donc urgent de la protéger, ce à quoi s'emploient les 27 pays membres de la Coalition pour l'Eléphant d'Afrique qui se réuniront du 24 au 26 juin 2016 à Montreux. Ils y consolideront leur position en vue de la Conférence des Parties de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES CoP17) qui aura lieu du 24 septembre au 5 octobre 2016 à Johannesburg, en Afrique du Sud. En effet, la Coalition pour l’Eléphant d’Afrique (CEA) a soumis 5 propositions à la CITES CoP17 visant à mettre définitivement fin au commerce de l’ivoire.

La demande phare consiste à réinscrire tous les éléphants d’Afrique à l’Annexe I de la CITES. Ils retrouveraient ainsi le niveau le plus élevé de protection internationale, ce qui stopperait leur extinction. Cette inscription permettrait de proscrire le commerce de l’ivoire, de simplifier l’application de la loi et d’adresser un message clair au monde entier : l'ivoire ne vaut rien, sauf sur un éléphant vivant. Car hélas, sur ce dossier, le monde a fait marche arrière. En 1989, toutes les populations d’éléphants d’Afrique avaient été inscrites à l’Annexe I de la CITES. Mais en 1997 et en 2000, les populations d’éléphants du Botswana, de Namibie, d'Afrique du Sud et du Zimbabwe ont été rétrogradées à l’Annexe II, qui correspond à un statut de menace moins importante, pour permettre la vente de stocks d’ivoire au Japon en 1999 et à la Chine et au Japon en 2008. L'idée était de faire reculer le braconnage en cassant les prix, mais la mesure a eu un effet pervers : en augmentant la demande, elle a engendré une recrudescence du commerce illicite, et donc des massacres.

Pour être efficace, cette demande s'accompagne de quatre mesures. La première consiste à fermer les marchés intérieurs au commerce d’ivoire brut et travaillé. Ce commerce alimente la demande en ivoire et permet de blanchir de l’ivoire braconné, souvent sous prétexte qu’il s’agit de pièces antiques ou d’origine légale. Plusieurs pays, dont la Chine et les États-Unis, ont d’ores et déjà annoncé la fermeture de leur marché intérieur. La proposition de la CEA élargit cette disposition à tous les pays du monde.

Deuxième mesure d'accompagnement, la destruction des stocks d'ivoire existants. De nombreux pays signataires de la CITES ont d'ailleurs entrepris de détruire publiquement les leurs. On a longtemps pensé que la raréfaction de l'ivoire ferait monter les prix, mais les observations sur le terrain, notamment au Kenya, ont démontré l'inverse : ainsi, après la destruction de 12 tonnes d’ivoire en 1989, son prix avait chuté de 300$/kg à 5$/kg. De plus on sait que, pour le tourisme, un éléphant vivant a 76 fois plus de valeur qu’un éléphant mort pour son ivoire.

Troisième mesure, l'arrêt du mécanisme décisionnel de légalisation du commerce de l'ivoire. La CITES examine en effet depuis neuf ans ce système qui aboutirait à la mise en place d'un commerce international légal. Un chemin qui reviendrait à ouvrir grand la porte au braconnage et au blanchiment, car il serait impossible de contrôler tous les produits et toutes les transactions.

Dernière mesure enfin, l'interdiction d'exporter des éléphants d'Afrique vivants hors de leur aire de répartition, y compris vers les zoos étrangers. En effet, retirer les éléphants d'Afrique de leur milieu naturel pour les garder en captivité ne permet en aucune façon leur conservation, bien au contraire : les populations sauvages sont perturbées et les taux élevés de mortalité et de maladie en captivité sont très élevés.

LA COALITION POUR L’ELEPHANT D’AFRIQUE
La Coalition pour l’Éléphant d’Afrique (CEA) a été créée en 2008 à Bamako (Mali). Elle rassemble 27 pays membres d’Afrique unis par un objectif commun : « une population d’éléphants viable et saine, protégée des dangers que représente le commerce international de l’ivoire ». Les pays membres sont : le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la République Centrafricaine, les Comores, la Côte d'Ivoire, la République Démocratique du Congo, la République du Congo, la Guinée équatoriale, l’Érythrée, l’Éthiopie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Kenya, le Libéria, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigéria, l’Ouganda, le Rwanda, le Sénégal, le Sierra Leone, le Soudan du Sud, le Tchad et le Togo.

FONDATION FRANZ WEBER
La Fondation Franz Weber (FFW) se bat pour la survie de l’éléphant d’Afrique et pour l’abolition pure et simple du commerce de l’ivoire depuis 40 ans. Elle est observatrice à la CITES depuis 1989 et partenaire de la Coalition pour l’Eléphant d’Afrique depuis sa création en 2008. La FFW a géré pendant 25 ans le parc national de Fazao-Malfakassa au Togo. Elle soutient entre autres des projets de protection de la faune en général et de l’éléphant en particulier au Cameroun et en RDC. Elle fait partie d’un projet de valorisation de l’éléphant vivant et étudie présentement les dispositifs de lutte anti-braconnage dans les aires protégées africaines en vue d’améliorer leur protection.

Liens utiles : www.cites.org/fra  lien vers les propositions: https://cites.org/fra/cop/17/prop/index.php et les documents de travail: https://cites.org/fra/cop/17/doc/index.php