27.06.2016 – 29 pays africains lancent depuis Montreux un appel au monde pour sauver l’éléphant d’Afrique

La Coalition pour l’Eléphant d’Afrique (CEA), composée de 29 pays africains, lance au monde un appel à sauver les éléphants. Le Manifeste de Montreux, adopté par la Coalition lors de sa réunion à Montreux, en Suisse, du 24 au 26 juin 2016, est le départ d’une campagne sur les réseaux sociaux - #WorthMoreAlive, #EndIvoryTrade, #Vote4Elephants – dont l’objectif est d’obtenir un large soutien à cinq propositions de la Coalition pour mettre un terme au commerce de l’ivoire et offrir aux éléphants la plus haute protection possible en droit international.

Les cinq propositions soumises à la 17ème Conférence des Parties (CoP17) à la CITES (Convention sur le commerce international d’espèces sauvages de faune et de flore menacées d’extinction), qui se tiendra en septembre-octobre prochains à Johannesburg, en Afrique du Sud, ont été créées pour inverser la crise actuelle du braconnage à laquelle les éléphants font face. Ces propositions, prises dans leur ensemble, interdiraient le commerce international de l’ivoire en inscrivant tous les éléphants à l’Annexe I de la CITES, fermeraient les marchés nationaux d’ivoire dans le monde entier, encourageraient une meilleure gestion des stocks d’ivoire et, si possible, leur destruction, mettraient fin aux débats au sein de la CITES sur un mécanisme de légalisation du commerce de l’ivoire, et limiteraient les exportations d’éléphants d’Afrique vivants à des projets de conservation dans leur habitat naturel.

« Le Manifeste de Montreux montre que notre message est clair », indique Bourama Niagaté du Mali, membre du Conseil des sages de la Coalition, « nous devons unir nos forces pour le bien de l’éléphant d’Afrique ».

La Coalition a exprimé sa profonde préoccupation quant à la crise à laquelle les éléphants font face, et réitère sa conviction qu’une interdiction du commerce national et international de l’ivoire est la meilleure manière de protéger les éléphants.

Vera Weber, Présidente de la Fondation Franz Weber, partenaire de la CEA, qui a permis l’organisation de la réunion, est optimiste. « Il y a 27 ans, la CITES a sauvé les éléphants d’Afrique d’une extinction certaine en inscrivant l’espèce à l’Annexe I », dit-elle, « Depuis lors, la protection des éléphants a été affaiblie, et le braconnage s’est intensifié. La CEA a ouvert le chemin vers la réinscription des éléphants à l’Annexe I et interdire le commerce de l’ivoire une bonne fois pour toutes ».

Le Manifeste appelle au soutien des gouvernements, organisation intergouvernementales et non-gouvernementales, et demande aux citoyens du monde entier d’exiger de leurs gouvernements respectifs et de leurs représentants à la CITES qu’ils soutiennent les cinq propositions et aident la Coalition dans sa mission d’inscrire tous les éléphants à l’Annexe I.

 

NOTES

Les cinq propositions soumises par la Coalition pour l’Eléphant d’Afrique sont les suivantes:

1. Inscrire tous les éléphants à l’Annexe I de la CITES 

La proposition vise à réunir toutes les populations des éléphants d’Afrique et les États de leur aire de répartition sous une même inscription à l’Annexe I de la CITES, et à ainsi supprimer l’inscription scindée par le transfert des populations d’éléphants du Botswana, de la Namibie, de l’Afrique du Sud et du Zimbabwe à l’Annexe II CITES. En tant qu’espèce, l’éléphant d’Afrique n’est pas cantonné à des frontières étatiques, pas davantage que les populations nationales. Beaucoup de ces populations sont situées dans plusieurs pays, justifiant ainsi une approche unifiée des règlementations CITES. Cette mesure a pour but d’assurer une protection maximale aux éléphants, en simplifiant et en améliorant le respect des dispositions légales, et en envoyant un message clair au monde en ce sens qu’aucun commerce légal de l’ivoire n’est autorisé par le droit international.

2. Fermeture des marchés d’ivoire nationaux

Cette proposition appelle à la fermeture de tous les marchés nationaux où se pratiquent des transactions commerciales d’ivoire brut ou travaillé. La fermeture de tous les marchés intérieurs dans les États de l’aire de répartition, de transit ou de consommation finale réduirait radicalement les possibilités de blanchiment d’ivoire issu du braconnage, sous prétexte qu’il est antique, datant d’avant la Convention ou qu’il a été légalement acquis de toute autre manière. Par ailleurs, une telle mesure renforcerait le message selon lequel il conviendrait de mettre un terme à toutes les ventes d’ivoire, car elles sont dangereuses pour les éléphants.

3. Destruction et gestion des stocks d’ivoire 

Cette proposition se base sur deux documents précédents soumis au Comité permanent de la CITES en 2014 et en 2016[1], qui ont conduit à la reconnaissance par le Comité des destructions des stocks d’ivoire opérées par plusieurs gouvernements depuis 2011, ainsi qu’à une recommandation en vue de rédiger des lignes directrices sur la gestion des stocks. Ce document propose d’approuver la destruction de l’ivoire, d’encourager les normes les plus élevées possibles en matière de gestion des stocks, et demande aux Secrétariat de la CITES de fournir les meilleures orientations techniques possibles sur les inventaires des stocks, leur contrôle, leur gestion et leur élimination, y compris l’échantillonnage de l’ADN en vue de déterminer l’origine des objets.

4. Le Mécanisme de Prise de Décisions pour un processus de commerce de l’ivoire (MPD) 

La proposition recommande que la CoP mette fin aux discussions sur le MPD. Face aux efforts mondiaux concertés en vue de réduire la demande d’ivoire, l’existence de négociations sur un processus de MPD en vue de légaliser le commerce envoie précisément le mauvais message – à savoir qu’un commerce légal et durable de l’ivoire est possible, et qu’il pourrait être rouvert dans un avenir proche. Le MPD présente non seulement des risques inacceptables pour les éléphants, mais a également suscité des objections valables de la part des Parties à la CITES. Pour preuve, la CITES s’est montrée incapable de réaliser le moindre progrès dans les négociations en 9 ans. 

5. Limiter le commerce d’éléphants vivants

La proposition vise à mettre fin aux exportations d’éléphants d’Afrique hors de leur aire de répartition naturelle, et en particulier les exportations vers des zoos et autres infrastructures de captivité à l’étranger. De telles exportations ne présentent aucun bénéfice direct pour la conservation des éléphants dans les pays de leur aire de répartition (comme le fait remarquer le Groupe de spécialistes de l’éléphant de l’IUCN-SSC), et soulève de nombreuses objections en Afrique pour des raisons éthiques et culturelles. Les éléphants d’Afrique, ainsi que leur ivoire, devraient rester en Afrique.  

 

La Coalition pour l’Eléphant d’Afrique a été créée en 2008, à Bamako, au Mali. Elle réunit 29 pays d’Afrique, dont l’objectif commun est d’assurer « une population d’éléphant viable et en bonne santé, libre des menaces du commerce international de l’ivoire ». La réunion de Montreux, qui s’est tenue du 24 au 26 juin 2016, était la 7ème Réunion de la Coalition depuis sa création.

Les 29 membres de la Coalition pour l’Eléphant d’Afrique sont les suivants : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Comores, Côte d’Ivoire, Erythrée, Ethiopie, Gabon, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée Equatoriale, Kenya, Libéria, Mali, Mauritanie, Niger, Nigéria, Ouganda, République centrafricaine, République démocratique du Congo, République du Congo, Rwanda, Sénégal, Sierra Leone, Soudan du Sud, Tchad, et Togo. De ces 29 Etats, 26 sont des pays de l’aire de répartition de l’éléphant d’Afrique, ce qui représente la majorité (68%) des 37 pays dans lesquels vivent les éléphants à l’état sauvage.

La Fondation Franz Weber (FFW), basée en Suisse, mène un combat actif pour la préservation de la vie sauvage et de la nature en Afrique, et travaille dans le monde entier pour protéger les animaux en tant qu’individus par le biais de la reconnaissance de leurs droits et de l’abolition des pratiques inhumaines.

La Convention sur le commerce international des espèces sauvages de faune et de flore menacées d’extinction (CITES) a été élaborée en 1973, est entrée en force en 1975, et accorde différents degrés de protection à plus de 35'000 espèces d’animaux et de plantes. Actuellement, elle compte 182 Etats-parties. La 17ème Conférence des Parties à la CITES (CoP17) se tiendra à Johannesburg, en Afrique du Sud, du 24 septembre au 5 octobre 2016. La Conférence se réunit tous les trois ans.