08.04.2015 – L’UE exhortée à interdire immédiatement toute exportation d'ivoire

18 organisations de protection de l’environnement et des animaux appellent les gouvernements de l’Union Européenne à mettre fin à toute exportation d’ivoire brut lors de la réunion du Comité de l’UE pour le commerce de la faune et de la flore sauvage, le 10 avril prochain à Bruxelles. 

Le commerce de l’ivoire a augmenté au sein de l’UE, faisant de celle-ci l’exportatrice d’ivoire « pré-convention », ou « ivoire ancien », la plus importante au monde. En 2014, une analyse des archives de la base de données CITES – la Convention des Nations Unies sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction – a confirmé que les réexportations depuis l’UE d’ivoire pré-convention, et en particulier les défenses brutes, ont augmenté de manière significative depuis 2007, la Chine continentale et Hong Kong étant les pays principaux de destination de cet ivoire ancien. Dite augmentation coïncide avec une décision prise en 2007 par la CITES permettant à la Chine d’acquérir 62 tonnes d’ivoire, stimulant ainsi la demande. Les défenseurs de l’environnement requièrent qu’un accord ministériel soit trouvé afin de remédier définitivement aux failles de la législation européenne qui permettent les exportations d’ivoire ancien. Ces lacunes ne pourront ainsi plus être exploitées pour « blanchir » de l’ivoire issu de braconnages récents en Afrique et pour alimenter la demande insatiable en provenance d’Asie, particulièrement de Chine.

"A plusieurs reprises, nous avons averti que la faiblesse des lois européennes sur le commerce de l’ivoire représentent un danger clair et immédiat pour les éléphants d’Afrique. Des mesures doivent enfin être prises à Bruxelles », explique Daniela Freyer de Pro Wildlife.

Au début du mois, 44 ONGs ont adressé une lettre aux Ministres de l’Union Européenne pour leur demander de suspendre toute exportation d’ivoire brut. « Nous sommes satisfaits que six pays européens – l’Autriche, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni – refusent déjà d’établir des permis d’exportation d’ivoire et ont exhorté les autres 22 Etats membres à en faire de même », selon Charlotte Nithart de Robin des Bois, qui a coordonné le courrier des ONGs. Sally Case de la David Shepherd Wildlife Foundation ajoute que « l’UE doit convenir à l’unanimité, le 10 avril prochain, d’interdire les exportations d’ivoire et de mettre un terme à sa situation peu enviable à la tête des exportateurs d’ivoire pré-convention ou ancien ».

Une position européenne commune mettant un terme aux exportations est indispensable. Sans une telle mesure, l’ivoire peut être transféré d’un Etat de l’UE dans lequel l’exportation d’ivoire n’est pas autorisée à un autre pays européen qui établit encore des permis d’exportation. La Belgique est particulièrement préoccupante, car elle permet des exportations d’ivoire vers l’Asie. L’efficacité des décisions récentes de l’Autriche, de la France, de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Suède et du Royaume-Uni de ne pas établir des permis d’exportation est ainsi mise en danger. « La protection de ces magnifiques animaux exige une interdiction totale du commerce de l’ivoire, car il est incontestable que tout commerce légal facilite le commerce illicite », d’après DJ Schubert de l’Animal Welfare Institute. « Les tentatives visant à légaliser le commerce de l’ivoire depuis 1989 ont été un véritable désastre. Nous devons tirer les leçons de l’histoire et endiguer de manière définitive le commerce de l’ivoire – international et intérieur », ajoute Vera Weber de la Fondation Franz Weber.

« Nous appelons tous les pays de l’UE qui n’ont pas encore pris des mesures à adopter une position commune le 10 avril prochain, en mettant un terme à toutes les exportations commerciales d’ivoire brut », explique Mary Rice de l’Environmental Investigation Agency. Elle précise que « les mesures récemment annoncées par la Chine pour restreindre les exportations d’ivoire travaillé ne répondent pas à ce problème fondamental. De plus, l’UE doit agir sur le commerce par internet, et suivre l’exemple de certains Etats qui ont détruit leurs stocks d’ivoire. Nous ne pourrons endiguer l’actuelle crise de braconnage de l’éléphant que lorsque le commerce qui l’alimente sera définitivement interdit et la demande maîtrisée ».