13.03.2017 – Interview avec Vera Weber dans Le Nouvelliste: «Une limite claire était indispensable»

Résidences secondaires – La présidente de la Fondation Franz Weber, Vera Weber, estime que la loi répond aujourd’hui à la volonté du peuple exprimée le 11 mars 2012.

Vera Weber, on dit que cette loi est «une mauvaise solution à un bon problème» car trop extrême. Vous partagez ce constat?
J’entends depuis le début que cette initiative est inapplicable, mal faite, qu’elle va au-delà du but. Mais c’est ce qu’on dit de toutes les initiatives. Cette loi a été faite comme un bon compromis suisse, et le fait est qu’elle a eu un impact clair. Elle a mis un frein effectif à la construction de nouvelles résidences secondaires et nous a permis de sauver du sol et du paysage de ce pays. En ce sens, le but est atteint.

Mais avec cinq ans de recul, est-ce que cette loi ne ferme pas trop de portes?
Il fallait une limite très claire pour qu’il y ait un effet. Cette loi contient plus que suffisamment d’exceptions, mais il faut se rappeler que nous avons dû nous battre au Parlement contre une première version de la loi qui ouvrait la porte à tout et n’importe quoi. L’effet va aujourd’hui dans la direction de ce que le peuple voulait en acceptant cette initiative.

Reste qu’à l’initiative du conseiller aux Etats Beat Rieder, le texte sera de nouveau sur la table du Parlement la semaine prochaine pour en assouplir un des points. La bataille n’est pas terminée?
C’est du jamais vu de vouloir changer l’esprit d’une loi à peine un an après son entrée en vigueur. D’autant que ce point - à savoir la transformation de 50% de la surface de vieux hôtels en résidences secondaires - est un élément clé du compromis que nous avons négocié pour ne pas lancer un référendum. Ce serait une remise en question complète de tout ce travail. Il faut laisser du temps à cette loi, un rapport sur ses effets doit être rendu au Conseil fédéral en 2020.

Dans le tourisme, on vous dira que la lex Weber a arrêté un modèle mais n’aide pas à se réinventer…
Au contraire, je pense que notre initiative a provoqué une importante remise en question du modèle touristique. Mais, je le répète, cette loi n’est entrée en vigueur qu’au 1er janvier 2016. Nous ne pouvons donc pas tirer de conclusions après une si courte expérience.

Le Tribunal fédéral a déjà dû clarifier plusieurs aspects du texte. Vous donnez raison à ceux qui disent que c’est une loi pour juristes?
Il y aura sûrement d’autres décisions des tribunaux en la matière mais c’est dans la nature des choses après un débat aussi émotionnel et un effet immédiat. Ce texte doit désormais être apprivoisé par les autorités et ces batailles juridiques se calmeront avec le temps.

Qu’est-ce que vous dites à ceux qui, dans certaines vallées, ont dû licencier la moitié de leur personnel et se retrouvent dans une situation critique?
Cette réalité m’attriste énormément mais notre initiative n’a fait qu’accélérer un mouvement inéluctable. Continuer sur un tel rythme, c’était se diriger à 180 km/h droit dans un mur, c’est simplement un constat. La Suisse compte d’ores et déjà plus de 500'000 résidences secondaires et nombreuses sont celles qui sont inoccupées. Nous ne pouvions pas persister dans l’erreur.

(Interview par Julien Wicky)