08.04.2021
Dr. Adam Cruise

Le vrai prix de la course au vaccin

Depuis des siècles, des millions d’animaux paient de leur vie la «course au progrès» de l’Homme. La frénésie mondiale qui s’est emparée de la recherche pour trouver un vaccin contre le Covid n’a pas arrangé le funeste sort des victimes de l’expérimentation. Malgré la découverte d’alternatives végétales, des milliers d’espèces, dont certaines en danger d’extinction, sont chaque jour sacrifiées au nom de la santé publique.

Requins: ces prédateurs vulnérables
De nombreuses espèces de requins possèdent un liquide huileux dans le foie qui leur permet de résister à la pression rencontrée en eau profonde. Cette huile de foie de requin, ou squalène, garantit la flottabilité indispensable à la survie de ces espèces, considérées comme en danger critique d’extinction. Hélas pour ses hôtes, le squalène est aussi un adjuvant recherché, car cette substance, ajoutée aux vaccins, permet de les rendre plus efficaces et de renforcer la réponse immunitaire. Selon le National Geographic, près de trois millions de requins sont pêchés chaque année pour leur squalène.1

La demande accrue de squalène pour les vaccins accentue encore davantage la pression sur les différentes espèces de requins, dont un tiers est déjà menacé d’extinction. En effet, les pêcheurs privilégient les espèces qui évoluent en eau profonde car elles sont dotées de plus gros foies et donc plus riches en huile. Or, ces requins sont particulièrement vulnérables à la surpêche car ils n’atteignent que tardivement leur maturité sexuelle – certains ne commencent à se reproduire qu’au bout de dix ans – et ne donnent vie qu’à un nombre restreint de petits.2

La disparition de ces formidables prédateurs pourrait s’avérer désastreuse pour tout l’environnement maritime. Sans eux, les écosystèmes perdraient leur intégrité et c’est l’ensemble du milieu marin des profondeurs qui risquerait d’en pâtir.

Les limules: petits soldats sans défense
Les limules ou crabes fer à cheval ne sont pas des crabes, mais de proches parents des arachnides, et notamment des araignées. Avec leur apparence de casque de soldat et leur sang bleu clair qui contient une substance extrêmement sensible aux bactéries toxiques, les limules possèdent dans leurs entrailles un véritable trésor biologique que les laboratoires pharmaceutiques s’arrachent depuis les années 70. En effet, la substance présente dans leur sang permet de rendre plus sûrs les dispositifs médicaux destinés aux humains: en coagulant, cette dernière forme un caillot autour des bactéries qui envahissent l’organisme afin de protéger la limule des toxines. C’est ce mécanisme qui lui vaut son succès auprès des scientifiques: en exploitant ces cellules sanguines, les chercheurs ont réalisé qu’elles permettaient de mettre au point un test qui permet de vérifier l’absence de contamination des nouveaux vaccins.

Désormais utilisée dans le monde entier par les professionnels de santé, cette méthode permet d’éviter d’administrer des vaccins infestés de bactéries et donc susceptibles de transmettre des maladies. Les limules paient cher ce don de la nature: chaque année, les laboratoires pharmaceutiques en prélèvent un demi-million aux États-Unis pour les saigner vivantes. Une fois le précieux liquide prélevé, les animaux sont rejetés exsangues dans l’océan, comme de vulgaires déchets. Beaucoup ne survivent pas à ces ponctions, ce qui entraine un déclin radical de l’espèce depuis plusieurs décennies.3

Ce constat tragique ne laisse pas la communauté internationale indifférente: depuis 2019, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et plusieurs groupes de défense de l’environnement tirent la sonnette d’alarme. Ils réclament des règles plus strictes pour protéger les limules et leurs habitats côtiers, et appellent de leurs voeux à davantage de recherches scientifiques afin de trouver des alternatives à ces prélèvements cruels. Le temps presse: plusieurs espèces considérées comme menacées ont déjà disparu à Taiwan et celles de Hong Kong et d’Asie pourraient suivre.4

Faune sacrifiée
Hélas, les voeux ne suffisent pas. La crise du COVID-19 et son corollaire, la course au vaccin, pourrait bien sonner le glas de ce petit animal bien incapable de se défendre malgré son armure… Si la situation était déjà critique, elle est désormais quasi désespérée: avec la pandémie, et la volonté globale de vacciner des milliards d’individus, les quantités de sang de limule nécessaires sont démultipliées. Leurs populations peuvent-elles encaisser une telle pression? Rien n’est moins sûr, et ce n’est pas une bonne nouvelle: la disparition à l’échelle mondiale de ces animaux entrainerait une destruction sans précédent des écosystèmes marins côtiers.

A l’instar des requins, ces gros crabes sont «un maillon essentiel de la biodiversité du littoral» explique l’UICN. Par exemple, le fait qu’ils pondent sur les plages des millions d’oeufs favorise la survie de multiples espèces: des échassiers aux poissons, une multitude d’animaux sauvages se nourrit de leur progéniture. En outre, leur grande coquille dure sert aussi de micro-habitat à de nombreuses autres espèces, parmi lesquelles les éponges, les crabes de mangrove, les moules et les escargots.» En d’autres termes, sans limules, toute la chaine vivante des écosystèmes marins côtiers s’effondrera.5

Cobayes: les martys de laboratoires
Malgré les progrès de la science, des centaines de milliers de souris, singes, furets, hamsters, chats, lapins, cochons et autres servent toujours de cobayes pour prédire les effets d’un éventuel vaccin ou d’un potentiel traitement contre le COVID-19 sur le corps humain. L’objectif est de les inoculer, pour pouvoir ensuite observer les réactions de leur organisme. La majorité de ces animaux ne survit pas à ces expérimentations: soit ils meurent d’euxmêmes, soit ils finissent «éliminés» par les manipulateurs. Au-delà de la mort, même les dépouilles sont récupérées: c’est notamment le cas des singes, dont le cerveau, les poumons et les tissus sont parfois prélevés pour entrer dans la composition des vaccins.6

Onéreuses, chronophages et moralement discutables, ces expérimentations suscitent de plus en plus l’indignation du grand public et le scepticisme de nombreux scientifiques, qui doutent parfois de l’exploitabilité des résultats obtenus en raison des différences majeures, notamment du point de vue de l’immunité, entre hommes et animaux. Pour ces chercheurs, les tests sur les animaux ralentiraient même le développement de certains médicaments.7

Alternatives végétales
Des alternatives végétales efficaces, moins coûteuses et moins longues à obtenir, pourraient être utilisées pour éviter ce carnage. Le squalène par exemple, n’est pas seulement produit dans le foie des requins: il est présent en grandes quantités dans certaines plantes telles que la canne à sucre, les olives, les graines d’amarante ou encore le son de riz.8

Il en va de même pour les limules. D’après un article du Musée d’histoire naturelle de Londres, des biologistes de l’université de Singapour ont découvert dès la fin des années 1990, qu’il était possible de fabriquer une solution de synthèse en clonant une molécule du sang de limule. Plusieurs gouvernements, chinois et japonais notamment, ont donné leur feu vert pour approuver les tests préalables à une éventuelle utilisation. De même, il est probable que le nouveau test de dépistage du COVID produit au Royaume-Uni contiendra des composants synthétiques approuvés par l’Union européenne. Outre-atlantique, le géant Pfizer a quant à lui affirmé qu’il n’aura pas recours au sang de limule pour son vaccin.9

Hélas, les composants de synthèse et les alternatives végétales aux composants classiques ne sont pas encore légion à travers le monde: ni les États-Unis, poids lourds de la recherche, ni les grands laboratoires pharmaceutiques ne semblent disposés à véritablement sauter le pas et donc à épargner des millions d’animaux.10

Traiter les causes, plustôt que les symtômes
Le meilleur moyen pour venir à bout d’une pandémie consiste à l’éviter. Sachant que la plupart des pandémies, y compris celle du COVID-19, et des zoonoses apparues ces 120 dernières années ont pour origine la consommation et l’exploitation des animaux par l’Homme, il est urgent de remettre en question notre façon de vivre.11

Hélas, les humains semblent être encore loin d’avoir compris la leçon: le monde entier s’évertue à chercher une solution à une crise sanitaire liée à notre rapport aux animaux en exploitant encore et toujours des animaux! Nous l’apprendrons à nos dépends: sans une refonte drastique de nos habitudes vis-à-vis d’eux, nous pouvons dès à présent nous préparer à de nouvelles catastrophes.

 

 

Source:

1  Meneguzzi, J. (13. November 2020) Why covid-19 vaccine could further endanger deep-sea sharks National Geographic
2  Ibid.
3  Pavid, K. (3. Dezember 2020) Horseshoe crab blood: the miracle vaccine ingredient that’s saved millions of lives Natural History Museum
4  Ibid.
5  Ibid.
6  Saunders, S. 7 things you need to know about experiments on animals and covid-19 People for the Ethical Treatment of Animals (PETA)
7  Prater, D. (9. April 2020) Scientists Worldwide Work to Fight COVID-19 Without Hurting Animals People for the Ethical Treatment of Animals (PETA
8  Meneguzzi, J. (13. November 2020) Why covid-19 vaccine could further endanger deep-sea sharks National Geographic
9  Pavid, K. (3. Dezember 2020) Horseshoe crab blood: the miracle vaccine ingredient that’s saved millions of lives Natural History Museum
10 Arnold, C. (2. Juli 2020) Horseshoe crab blood is key to making a COVID-19 vaccine—but the ecosystem may suffer National Geographic
11 Galster, S. (24. Februar 2021) Wuhan is our wakeup call, we must stop the commercial trade in wild animals to prevent further pandemics The Independent