Lorsque les séismes ont frappé la côte vénézuélienne le 24 juin 2026, puis la Colombie en août, des milliers de personnes sont décédées ou ont vu leur vie basculer. Les animaux aussi ont été durement touchés : blessés, abandonnés, livrés à eux-mêmes dans les rues ou enfermés dans des habitations endommagées, parfois sans nourriture ni soins. Grâce à sa présence en Amérique latine depuis de nombreuses années, la Fondation Franz Weber (FFW) a été en mesure d’agir. Sous l’égide de la Colombe Rouge, la FFW coordonne donc depuis fin juin des équipes vétérinaires au Venezuela et en Colombie pour porter secours aux animaux victimes de ces catastrophes.
Violents séismes au Venezuela et en Colombie : les animaux, victimes oubliées
Le 24 juin 2026, deux puissants séismes, de magnitudes 7,2 et 7,5, ont frappé le Venezuela aux alentours de 18 heures, heure locale. Dès le soir de la catastrophe, plus de 60 000 personnes étaient portées disparues. De nombreux bâtiments se sont effondrés à Caracas ainsi que dans les villes et villages environnants. Moins de deux mois plus tard, le 10 août, la Colombie était à son tour frappée par un séisme de magnitude 7,4, qui a fait des centaines de disparus et causé d’importants dégâts à Cali, à Pereira et dans le département du Chocó. Face à l’ampleur du drame humain, on oublie souvent que les animaux paient eux aussi un lourd tribut : blessés, tués, portés disparus ou ensevelis sous les décombres.
Très vite, les appels à l’aide ont afflué de toutes parts. Pour la Fondation Franz Weber, présente depuis de nombreuses années en Amérique latine, une chose était évidente : nous devions agir – et nous en avions les moyens. Mais envoyer des médicaments, de la nourriture ou de l’argent ne suffisait pas. Dans une région sinistrée, où les routes sont coupées, les communications perturbées et les structures locales fragilisées, l’aide risque de ne jamais parvenir à ceux auxquels elle est destinée. Nous voulions donc être présents sur le terrain, identifier les besoins, soigner les animaux et nous assurer que l’aide arrive réellement au bon endroit, au bon moment.
Une mission particulièrement difficile à mettre sur pied
Dès le 26 juin, notre équipe en Amérique du Sud s’est mise au travail. Il a fallu obtenir les autorisations, constituer et faire entrer au Venezuela, puis en Colombie, une équipe vétérinaire, acheminer médicaments, matériel et tonnes de nourriture, organiser les transports, trouver véhicules, hébergements et carburant, assurer les communications et parvenir à transférer les fonds nécessaires.
À ces défis logistiques considérables s’ajoutaient les conséquences directes des séismes : routes coupées, communautés isolées et pénuries d’eau potable, d’électricité et de carburant. Quarante-huit heures seulement après le début des opérations, une grande partie de notre équipe est en outre tombée malade, nous contraignant à réorganiser rapidement l’ensemble de la mission.
Urgence vétérinaire au Venezuela
Lorsque notre équipe vétérinaire est arrivée à Caraballeda et à Playa Grande, dans l’État de La Guaira, douze jours après les séismes, les grandes opérations de sauvetage étaient terminées. Une intervention moins visible, mais bien plus vaste, commençait alors : soigner les animaux souffrant de malnutrition, de déshydratation, de maladies, de traumatismes ou d’un affaiblissement immunitaire. Depuis notre base installée à Caraballeda, les équipes ont parcouru les zones sinistrées de maison en maison. Dans presque chaque foyer abritant des animaux, des soins étaient nécessaires.
Car un animal n’a pas besoin d’avoir été enseveli pour être victime d’une catastrophe : le manque d’eau et de nourriture, l’exposition aux intempéries, le stress et l’interruption des soins peuvent rapidement rendre mortelle une affection jusque-là bénigne. Du 3 juillet au 18 août, nous avons ainsi assuré près de 5 000 consultations auprès de plus de 3 000 animaux et distribué plus de 20 tonnes de nourriture. Une fois les animaux suffisamment rétablis, près de 400 stérilisations ont également été réalisées. La FFW a enfin contribué à la reconstruction partielle de l’hôpital vétérinaire de Valencia, endommagé par les séismes.
Une catastrophe après l’autre
Alors que l’opération de secours au Venezuela battait encore son plein, une nouvelle catastrophe s’est produite : le 10 août, un violent séisme a frappé la Colombie. Quelques heures après, nos équipes étaient déjà mobilisées. En moins de 72 heures, cinq sauveteurs brésiliens rejoignaient Cali, tandis que cinq membres de l’association vétérinaire GRAVED Colombia se rendaient de Bogotá à Pereira. Au terme de la phase de sauvetage urbain, achevée les 19 et 20 août, au moins douze animaux avaient été extraits vivants des décombres.
Dans le Chocó, département du nord-ouest de la Colombie, nous avons découvert une autre réalité. Les grands immeubles y sont rares, mais le séisme a aggravé une urgence humaine et animale déjà profonde dans l’un des territoires les plus pauvres du pays. Nos équipes y ont trouvé des animaux malades, dénutris et vivant dans des conditions extrêmes. Une tente mobile réunissant six vétérinaires a donc été mise en place pour parcourir les communautés les plus isolées. Annoncée la veille par des affiches et le bouche-à-oreille, chaque intervention permet aux familles de bénéficier gratuitement de consultations, de traitements, de médicaments et de nourriture pour leurs animaux.
La catastrophe passée, les soins continuent
La mission doit se poursuivre jusqu’à la fin du mois de septembre, avec l’objectif de dépasser les 3 000 soins vétérinaires, puis être prolongée en octobre afin de réaliser au moins 3 000 stérilisations, si l’état de santé des animaux le permet. La Fondation Franz Weber ne peut pas agir partout, et à chaque catastrophe. Nous nous trouvions cette fois dans une situation privilégiée, vu notre présence sur place depuis de nombreuses années, et avons pu faire la différence pour de nombreux animaux sinistrés.
Une catastrophe ne s’achève ni lorsque le dernier survivant est extrait des décombres, ni lorsqu’elle disparaît de l’actualité. Des animaux sauvés eux-mêmes aux familles patientant devant notre tente dans le Chocó, une même vérité s’impose : prendre soin des animaux, c’est aussi rendre aux familles dévastées une part de leur foyer.
Joaquín et Duque : une rencontre au milieu des décombres
Joaquín avait lui-même presque tout perdu : sa maison, son travail et des personnes qui lui étaient proches. Pourtant, lorsqu’il aperçut un chien blessé qui traînait ses pattes arrière au milieu des décombres, il le prit dans ses bras et l’amena jusqu’à notre tente vétérinaire. « Je ne pouvais pas passer mon chemin », nous dit-il en larmes. Notre équipe soigna et nourrit alors l’animal. Peu à peu, il retrouva sa mobilité et ses forces. Aujourd’hui, le chien nommé Duque marche à nouveau. Et Joaquín a décidé de l’adopter. Leur histoire dit mieux que tous les chiffres ce que nous voyons au Venezuela : même parmi ceux qui ont presque tout perdu, nombreux sont ceux qui continuent à se battre pour sauver les animaux.
Meli, sauvée une seconde fois
Au milieu des ruines d’un immeuble de Cali, en Colombie, les sauveteurs demandèrent soudain le silence. Sous les amas de fer et de béton, un bruit venait de trahir la présence d’une chienne encore en vie. Il fallut onze heures de travail à cinq vétérinaires-pompiers brésiliens et aux équipes locales pour atteindre Meli. Lorsqu’un sauveteur émergea enfin des décombres en la portant dans ses bras, elle était effrayée et affaiblie, mais ne présentait aucune blessure grave. Son image a fait le tour du monde.
Meli était sauvée pour la deuxième fois. María Leidy, une protectrice des animaux bien connue à Cali, l’avait autrefois libérée d’un fil de fer barbelé qui lui blessait le cou. María Leidy et son fils adolescent ont péri dans le séisme. Son mari a survécu et tente aujourd’hui de reconstruire son foyer avec Meli et trois chats, eux aussi rescapés. Au cœur d’une perte irréparable, ces quatre animaux incarnent ce qui demeure : les liens, l’affection et une famille brisée, mais qui continue d’exister.
La Colombe Rouge de la FFW
En 1981, Judith et Franz Weber imaginaient une Croix-Rouge pour les animaux. Ils leur donnèrent un nom : la Colombe Rouge. Son principe était aussi simple que visionnaire : lorsque des animaux sont en détresse à la suite d’une catastrophe naturelle, d’un accident ou d’une situation provoquée par l’homme, des équipes formées doivent pouvoir se rendre sur place pour leur porter secours. La Colombe Rouge devait ainsi « prévenir et alléger la souffrance des animaux » et protéger leur vie et leur santé.
Quarante cinq ans plus tard, la Colombe Rouge reprend son envol là où nous avons les moyens d’agir concrètement et efficacement, comme au Venezuela et en Colombie.