24.06.2026
FONDATION FRANZ WEBER

Éléphant Africain : état de conservation, espèces et menaces mondiales

L’éléphant africain se trouve dans une situation de menace critique depuis la mise à jour de la Liste rouge de l’UICN en 2021, qui a formellement reconnu les deux espèces africaines de manière distincte.

Le statut de menace de l’éléphant africain selon l’UICN

Actuellement, l’UICN classe l’éléphant de savane (Loxodonta africana) comme en danger et l’éléphant de forêt (Loxodonta cyclotis) comme en danger critique d’extinction.

Braconnage : pendant le pic de la crise de l’ivoire (2011–2014), on estimait qu’environ 30 000 éléphants étaient abattus chaque année en Afrique pour alimenter le commerce illégal. Le braconnage reste une menace sérieuse, en particulier pour l’éléphant de forêt en Afrique centrale et occidentale, bien que le rythme des pertes ait nettement ralenti depuis 2016 (voir plus bas).

Perte d’habitat : l’expansion humaine continue d’envahir les zones sauvages sans la création de sanctuaires suffisants.

Commerce des éléphants vivants : des spécimens jeunes ont été capturés dans des parcs nationaux de pays comme le Zimbabwe pour être exportés vers des zoos et des cirques à l’étranger. Les animaux subissent des conditions de transport et de captivité régulièrement dénoncées par des organisations de bien-être animal.

L’identité de l’éléphant africain : deux espèces distinctes

Bien qu’historiquement traités comme une seule espèce, la science a désormais admis qu’il existe deux espèces africaines distinctes, sur la base de preuves génétiques, comportementales et écologiques claires. Cette distinction taxonomique a été formalisée par l’UICN en 2021.

À la différence de l’éléphant d’Asie, dans les deux espèces africaines, mâles et femelles possèdent des défenses, et leurs trompes se terminent par deux lobes au lieu d’un seul. Les différences entre les deux espèces africaines sont notables :

  • Éléphant de savane (L. africana) : habite les savanes et les zones de broussailles ouvertes ; il est plus grand et le point le plus haut de son dos se situe au niveau des épaules.
  • Éléphant de forêt (L. cyclotis) : habite les forêts du bassin du Congo ; il est plus petit, avec des oreilles plus arrondies et des défenses plus droites et plus fines pour se déplacer dans la végétation dense.

Pendant des années, le chiffre de référence pour l’ensemble des éléphants africains a été d’environ 415 000 individus, basé sur le Grand Recensement des Éléphants d’Afrique de 2016, qui combinait les deux espèces. Ce chiffre ne reflète plus l’état actuel des connaissances scientifiques.

En novembre 2025, le Groupe de spécialistes des éléphants africains de l’UICN a publié le premier rapport de statut spécifique à l’éléphant de forêt, utilisant de nouvelles méthodes d’identification génétique à partir d’échantillons d’excréments (plutôt que le comptage traditionnel des monticules fécaux). Résultat : une estimation de 135 690 éléphants de forêt (avec un intervalle de confiance à 95 % entre 99 343 et 172 297), plus entre 7 728 et 10 990 individus supplémentaires dans des zones non systématiquement étudiées, ce qui porte le total à environ 145 000 individus.

Il est essentiel d’interpréter correctement cette donnée : l’augmentation de 16 % par rapport au chiffre de 2016 ne représente pas une croissance démographique réelle, mais une amélioration de la couverture et de la précision des recensements grâce aux techniques d’ADN. L’espèce reste classée en danger critique, ayant connu un déclin de plus de 86 % au cours des 31 années précédant 2015, principalement sous l’effet du braconnage.

Loxodonta africana (Éléphant de savane), en danger

Cette espèce est répartie dans 23 pays d’Afrique de l’Est, centrale et australe. Bien que ses domaines vitaux puissent être immenses (jusqu’à 10 000 km²), ses populations ont subi une réduction drastique due à la persécution humaine historique.

La bonne nouvelle est que la tendance n’est pas uniformément négative : depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, de nombreuses populations d’éléphants de savane en Afrique australe — où se concentre environ 70 % de la population mondiale de l’espèce — se sont stabilisées ou ont commencé à se rétablir lentement. Un exemple est le recensement synchronisé de la région KAZA (qui couvre l’Angola, le Botswana, la Namibie, la Zambie et le Zimbabwe), qui en 2022 a estimé une population stable et légèrement croissante d’environ 228 000 éléphants, contre 217 000 estimés en 2014–2015.

Loxodonta cyclotis (Éléphant de forêt), en danger critique

C’est l’espèce la plus vulnérable et la plus insaisissable. Son habitat dans les forêts tropicales rend sa protection difficile face au braconnage, ce qui a entraîné une réduction démographique historique massive mettant en péril la régénération des forêts du bassin du Congo, du fait de la perte de cet important disperseur de graines.

Selon le rapport 2024-2025 de l’UICN, environ 96 % des éléphants de forêt se concentrent en Afrique centrale : le Gabon concentre les deux tiers de la population mondiale (environ 95 000 individus) et la République du Congo encore 19 %. Seulement 3 à 5 % de la population se trouve en Afrique de l’Ouest, où l’expansion agricole et le braconnage intensif ont fortement réduit leurs effectifs. Deux zones protégées — la Réserve de faune à okapis en RD du Congo et le complexe W-Arly-Pendjari au Burkina Faso — ont perdu ensemble environ 7 000 éléphants, en partie en raison de l’insurrection djihadiste qui affecte cette région.

Le braconnage et la perte d’habitat : moteurs du déclin démographique

Le statut de menace critique des éléphants africains résulte d’une diminution drastique de leurs populations sur plusieurs décennies, provoquée par des facteurs humains persistants. Cependant, les données les plus récentes montrent un tableau plus nuancé que celui de la décennie précédente : la tendance du braconnage a nettement ralenti, bien que la menace n’ait pas disparu.

L’impact croissant de la chasse illégale à l’ivoire

Le braconnage pour obtenir les défenses reste l’une des causes de mortalité les plus dévastatrices pour les éléphants africains. Au pic de la crise (2011–2014), on estimait qu’environ 30 000 éléphants étaient abattus annuellement sur le continent pour alimenter le marché noir de l’ivoire, plaçant l’intensité du massacre à des niveaux comparables à ceux des années quatre-vingt.

Les données disponibles pour l’éléphant de forêt montrent un net ralentissement : une étude de 2013 a estimé que la population de cette espèce avait chuté de 62 % entre 2002 et 2011 (environ 7 % par an). En revanche, entre 2016 et 2023, ce déclin s’est réduit à environ 0,7 % par an. Une bonne partie de cette perte récente s’est concentrée dans une seule région — le complexe W-Arly-Pendjari, entre le Burkina Faso, le Bénin et le Niger — affectée par une insurrection armée, plutôt que par un braconnage conventionnel. Selon le programme CITES-MIKE, qui surveille le braconnage des éléphants africains sans distinguer les espèces, les niveaux d’abattage illégal sont restés relativement stables entre 2020 et 2024.

L’ivoire reste un matériau prisé pour la fabrication de sculptures, de bijoux et d’objets travaillés qui se commercialisent illégalement dans des boutiques et des marchés internationaux. À la différence de leurs cousins asiatiques, dans les deux espèces africaines, mâles et femelles possèdent des défenses, ce qui en fait tous des cibles potentielles du trafic.

La fragmentation de l’habitat due à l’expansion humaine

Une autre menace critique est l’invasion incessante des zones sauvages par les établissements humains. La perte d’habitat survient parce que les activités humaines continuent de s’étendre sans que soient créés suffisamment de sanctuaires ou de zones protégées pour les animaux. Près de 60 % de l’habitat des éléphants africains se trouve hors des zones protégées, ce qui les expose constamment au conflit homme-éléphant. Cette fragmentation interrompt les routes de déplacement naturelles des éléphants, essentielles à leur survie et à leur bien-être génétique.

S’ajoute à cela le trafic d’éléphants vivants, où des animaux jeunes sont capturés dans des parcs nationaux (comme le Hwange au Zimbabwe) pour être vendus à des zoos et des cirques, brisant leurs structures familiales permanentes.

Importance écologique : les éléphants en tant qu’ingénieurs des écosystèmes

Les éléphants africains et asiatiques sont considérés comme des espèces clés, ce qui signifie que leur présence est vitale pour la santé et le fonctionnement des habitats qu’ils occupent.

Leurs fonctions écologiques comprennent :

  • Modelage du paysage : en se nourrissant, les éléphants modifient la structure des communautés végétales, favorisant la diversité à l’échelle du paysage et créant une hétérogénéité spatiale nécessaire à d’autres espèces.
  • Mégajardiniers de la forêt : ils agissent comme des disperseurs de graines fondamentaux ; de nombreux arbres dépendent exclusivement des éléphants pour que leurs graines soient traitées et transportées sur de longues distances dans leurs estomacs.
  • Stockage du carbone : il a été suggéré que leur activité favorise la régénération des forêts, cruciales pour la séquestration du carbone atmosphérique.
  • Approvisionnement en ressources : leur capacité à abattre des broussailles et à chercher de l’eau dans des lits de rivières asséchés crée des niches et des ressources pour une grande variété d’autres animaux et de plantes.

L’élimination de ces grands mammifères aurait des effets négatifs profonds et durables sur la biodiversité des forêts et des savanes africaines. Protéger les éléphants, c’est en définitive défendre l’équilibre de la vie elle-même.

Dispersion des graines : un éléphant mâle adulte en liberté consomme entre 150 et 300 kg de nourriture par jour. Considérés comme les « mégajardiniers » de la forêt et de la savane, ils jouent un rôle fondamental dans la dispersion des graines sur de grandes distances, les transportant à travers leurs estomacs et les traitant pour qu’elles puissent germer. En plus de disperser ces graines, leurs excréments agissent comme un fertilisant naturel qui nourrit le sol des écosystèmes.

Stockage du carbone : l’activité des éléphants, lorsqu’ils se nourrissent et abattent des broussailles ou de petits arbres, modèle la structure des forêts et des communautés végétales. Il a été suggéré que cette fonction écologique est vitale pour le stockage du carbone dans ces communautés végétales, car leur présence favorise la santé et la diversité des paysages qui captent le CO₂ atmosphérique. L’élimination de cette mégafaune clé aurait des effets négatifs profonds et durables sur le fonctionnement et la capacité de séquestration du carbone des écosystèmes naturels.

Actions de conservation urgentes et perspectives d’avenir

L’éléphant de forêt dispose aujourd’hui d’un chiffre démographique confirmé (~135 690-145 000 individus) grâce au rapport de l’UICN de 2025, mais l’éléphant de savane n’a pas encore de recensement continental équivalent, il n’est donc pas possible aujourd’hui de proposer un chiffre combiné fiable pour les deux espèces. Ce qui est clair, dans les deux cas, c’est que le déclin se poursuit en raison des menaces humaines. Pour assurer leur survie, une interdiction totale du commerce international de l’ivoire est indispensable, car le braconnage continue de coûter la vie à des milliers d’éléphants par an. De même, il est crucial de maintenir l’éléphant africain à l’Annexe I de la CITES afin d’interdire légalement ce marché. Les efforts doivent également se concentrer sur l’arrêt de la capture d’éléphants vivants pour l’industrie du divertissement et sur la création de sanctuaires protégeant leurs habitats de l’invasion humaine.

Questions fréquentes sur l’éléphant africain (FAQ)

Combien reste-t-il d’éléphants africains au total dans le monde ? Selon le rapport de statut 2024-2025 de l’UICN, il y a environ 135 690 éléphants de forêt (avec une fourchette pouvant atteindre 145 000 en incluant les zones non recensées), un chiffre obtenu grâce à de nouvelles techniques d’ADN qui améliorent sensiblement la précision par rapport aux estimations antérieures. Pour l’éléphant de savane, l’UICN n’a pas encore publié de rapport de statut spécifique après la séparation taxonomique de 2021 (attendu pour la fin de 2026), il n’existe donc pas à ce jour de chiffre continental nouveau et vérifié pour cette espèce.

Quelle est l’espérance de vie d’un éléphant africain ? Dans leur habitat naturel, les éléphants africains peuvent vivre entre 60 et 70 ans.

Comment se reproduisent-ils ? Les éléphants sont des reproducteurs lents, avec des intervalles entre les naissances d’une moyenne de 4,5 ans. Leur biologie complexe implique un investissement important dans les soins aux petits, qui dépendent de la sagesse accumulée de la matriarche et de la protection du groupe familial pour survivre.

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