Perspectives démographiques : combien reste-t-il d’éléphants africains ? Selon le Grand Recensement des Éléphants de 2016, il y a une décennie, il restait environ 415 000 éléphants africains en liberté, en combinant les deux espèces. Ce chiffre est désormais historique : après la séparation taxonomique de 2021, l’éléphant de forêt dispose aujourd’hui d’un recensement propre et bien plus précis — entre 135 690 et 145 000 individus, selon le rapport de l’UICN de 2025 —, tandis que l’éléphant de savane attend toujours son propre rapport actualisé, prévu pour 2026. Pour éviter que l’espèce continue de décliner, les stratégies doivent se concentrer sur l’interdiction totale du commerce de l’ivoire, la fin de la capture de ces animaux vivants pour l’industrie du divertissement, et le soutien à la protection in situ (dans leur habitat naturel).
Le déclin est différencié mais alarmant pour les deux espèces reconnues par l’UICN : l’éléphant de savane a subi une diminution d’au moins 60 % au cours des cinq dernières décennies, tandis que l’éléphant de forêt présente une situation encore plus extrême, avec une chute supérieure à 86 % en 31 ans. Au pic de la crise (2011-2014), près de 30 000 éléphants étaient tués chaque année en Afrique pour leur ivoire, un niveau de braconnage comparable à celui des années quatre-vingt.
Face au déclin général, il existe des exemples de gestion active. Entre 1990 et 2015, la Fondation Franz Weber a géré le parc national de Fazao-Malfakassa au Togo, à la demande du gouvernement togolais, pour protéger les derniers éléphants du pays ; depuis 2015, le parc est géré par l’État togolais. De même, la FFW promeut des programmes comme EleWatch, qui incitent les États à valoriser les éléphants vivants par le biais du tourisme responsable, face au bénéfice unique de la vente d’ivoire.
La survie de l’espèce dépend du renforcement de la législation internationale. Il est vital de maintenir l’éléphant africain à l’Annexe I de la CITES, qui garantit la protection maximale et interdit le commerce commercial de l’ivoire. Dans cet effort se distingue l’AEC, qui réunit actuellement 32 États africains travaillant politiquement pour assurer des populations saines et libres des menaces du commerce international.
L’éléphant africain bénéficie d’un statut de protection juridique élevé dans la plupart de ses États de répartition, articulé principalement à travers la CITES. Pour suivre la pression du braconnage et du trafic illégal, on utilise les programmes techniques MIKE et ETIS, qui fournissent les données scientifiques nécessaires aux décisions lors des Conférences des Parties (CoP).
C’est une erreur courante de croire que les zoos contribuent à sauver l’espèce. Les zoos ne constituent pas des populations autosuffisantes, et la réintroduction dans la nature depuis ces institutions n’est pas une perspective réaliste pour l’éléphant africain ; les efforts doivent donc être dirigés exclusivement vers la protection de leurs écosystèmes d’origine.
L’expansion de la population humaine vers les habitats sauvages est le moteur du Conflit Homme-Éléphant (HEC). Ce phénomène se manifeste par la compétition pour la nourriture et l’eau, entraînant la destruction des cultures et des représailles contre les animaux. Les efforts de conservation actuels se concentrent sur l’adaptation de guides de coexistence qui identifient les schémas de risque et priorisent les zones à forte conflictualité.
Il existe une forte opposition scientifique et éthique, menée par des groupes comme le Groupe de Spécialistes de l’Éléphant Africain (AfESG) de l’UICN et la Fondation Franz Weber, à la capture d’éléphants sauvages pour leur captivité ex situ. On soutient que ces pratiques n’offrent aucun bénéfice réel pour la conservation et causent un traumatisme irréversible en séparant les jeunes individus de leurs structures familiales matriarcales. En 2019, le Zimbabwe a exporté plus de 90 éléphants vers la Chine et Dubaï, une pratique qui a provoqué un fort rejet international. Cette tension a conduit à ce qu’à la CoP18 de la CITES (2019), un vote interdise les exportations d’éléphants africains sauvages hors de leur aire naturelle, sauf en « circonstances exceptionnelles » ; lors de la CoP19 (2022), ces restrictions ont été renforcées, limitant encore davantage le commerce d’éléphants vivants aux programmes de conservation in situ.
Le suivi des populations est une tâche coûteuse et complexe en raison des différences d’habitat : tandis que les éléphants de savane sont comptés par des observateurs en avion, l’éléphant de forêt requiert des méthodes comme l’analyse génétique d’échantillons fécaux en raison de sa nature insaisissable dans la forêt dense. La séparation taxonomique de 2021 a permis, pour la première fois, une analyse indépendante qui reflète la situation réelle de l’éléphant de savane (en danger) et de l’éléphant de forêt (en danger critique).
L’extraction d’éléphants africains de la nature pour leur confinement dans des zoos génère un rejet scientifique et éthique croissant, mené par des organisations comme la Fondation Franz Weber (FFW) et des réseaux d’experts de l’UICN. On soutient que la captivité n’offre aucun bénéfice réel à la conservation in situ et, au contraire, nuit aux populations sauvages en brisant leurs structures sociales.
L’AfESG de l’UICN s’oppose formellement à la capture d’éléphants pour toute forme de captivité commerciale, considérant que les zoos sont principalement conçus pour le divertissement public, reléguant à un second plan les besoins biologiques et sociaux des animaux.
Inutilité pour l’espèce : ni l’éléphant africain ni l’éléphant d’Asie ne disposent aujourd’hui de programmes d’élevage en captivité reconnus comme prioritaires pour la conservation de l’espèce dans son habitat naturel.
Impossibilité de réintroduction : il n’existe aucune perspective réaliste de libérer des éléphants de zoos dans la nature, car ils ne possèdent pas les compétences de survie ni l’apprentissage social nécessaires.
Résultat de conservation négatif : en exhibant ces animaux dans des villes lointaines, on retire un incitatif au tourisme dans les pays d’origine, privant les économies locales de ressources vitales pour protéger l’habitat réel.
Le confinement génère de graves pathologies documentées scientifiquement :
Comportement stéréotypé : une étude publiée dans PLOS One a révélé que 85 % des éléphants dans les zoos nord-américains présentent des comportements répétitifs sans fonction (comme le balancement de la tête), un indicateur reconnu de bien-être compromis.
Mortalité et santé : une analyse des naissances en captivité aux États-Unis et au Canada entre 2000 et 2020 a révélé que 16,5 % se sont soldées par des mortinaissances. Une étude de 2016 (Morfeld et al.) a révélé que 74 % des éléphants dans les zoos nord-américains présentaient un surpoids ou de l’obésité.
Espérance de vie réduite : l’étude de référence de Clubb et al., publiée dans Science en 2008, a révélé que les femelles d’éléphant africain nées dans des zoos européens avaient une médiane de survie de 17 ans, contre 56 ans pour les populations sauvages protégées du Parc National d’Amboseli, au Kenya.
Pour approfondir la crise du braconnage qui motive bon nombre de ces stratégies de conservation, consultez notre article : Braconnage de l’ivoire : le moteur du déclin de l’éléphant africain et la réponse mondiale. Pour connaître les différences entre les deux espèces africaines et leur état de conservation spécifique, consultez également : Éléphant Africain : état de conservation, espèces et menaces mondiales et Éléphant de Savane vs. Éléphant de Forêt : Différences clés, habitats et catégories de l’UICN.