Cela fait des années que la Fondation Franz Weber (FFW) collabore avec le Sanctuaire pour éléphants du Brésil (SEB) dans le cadre de sa campagne « ELE », qui vise à libérer les éléphants captifs en Amérique du Sud — notamment en Argentine — pour les transférer vers des sanctuaires adaptés à leurs besoins. En mars 2026, j’ai eu le privilège de visiter ce lieu unique, de rencontrer son équipe et les pensionnaires qui y vivent désormais dans des conditions dignes, après des décennies passées dans des zoos ou des cirques.
Au cœur du Sanctuaire pour éléphants du Brésil
Le Sanctuaire pour éléphants du Brésil (SEB), niché dans l’État du Mato Grosso au centre du Brésil, s’étend sur plus de 1’000 hectares. Ici, les éléphants évoluent dans une vaste étendue de forêts et de paysages naturels, ponctuée de rivières et de points d’eau. Rien à voir avec les enclos restreints et artificialisés des zoos.
Pourtant, le sanctuaire n’offre pas une liberté totale : de solides barrières délimitent les zones de vie, et des infrastructures permettent d’assurer les soins nécessaires. C’est un lieu à mi-chemin entre captivité et liberté. Les éléphants y vivent une vie plus digne, à défaut d’une vie sauvage.
Des éléphants abîmés à jamais par la captivité
Le sanctuaire abrite actuellement cinq éléphantes d’Asie : Maia, Rana, Bambi, Mara et Guillermina. Elles ont passé leur vie entière dans des cirques ou des institutions zoologiques. Certaines ont plus de 60 ans.
Leurs corps racontent leur histoire : troubles des pattes, dégradation des ongles, signes de vieillissement accéléré. Mais les blessures ne sont pas uniquement physiques. Les soigneurs observent encore des stéréotypies. Des comportements répétitifs typiques des animaux captifs qui réapparaissent notamment dans des moments de « stress », comme lorsqu’elles attendent quelques minutes avant d’être nourries et soignées. Le plus frappant, lorsque l’on visite le sanctuaire, c’est justement cette réalité : ces éléphants sont des vétérans de la captivité. Ce sont des animaux âgés, fragilisés, qui portent dans leur corps et leur esprit les traces d’une vie entière d’exploitation.
Face à cela, l’approche du sanctuaire est à la fois rigoureuse et profondément empathique. Chaque éléphant bénéficie d’un suivi individualisé, combinant soins vétérinaires, traitements complémentaires, médecine douce et méthodes basées sur le renforcement positif. Les interactions se font en « contact protégé », garantissant la sécurité des humains comme des animaux.
Une logistique impressionnante au service du bien-être
L’organisation du sanctuaire est très structurée. Chacun connaît parfaitement sa tâche, et surtout le tempérament et les particularités de l’éléphant dont il/elle va s’occuper. Deux fois par jour, les équipes préparent des rations alimentaires adaptées, administrent les médicaments et prodiguent des soins spécifiques, comme les bains de pieds de Rana ou les soins aux yeux de Bambi, pratiquement aveugle.
Le sanctuaire fonctionne avec une petite équipe très engagée, dotée d’une connaissance fine de chaque individu. Cette attention portée aux animaux se reflète aussi dans la gestion du personnel, marquée par une approche respectueuse et attentive.
Repenser notre rapport aux éléphants
Ce que montre le SEB, au-delà de ses réussites et de ses limites, c’est l’ampleur des dégâts causés par la captivité. Même dans des conditions nettement améliorées, les éléphants restent marqués à vie, et gravement affaiblis tant psychiquement que physiquement.
Le sanctuaire n’est pas une solution miracle. Il est, au mieux, un lieu de réparation.
Mais dans un monde où des éléphants continuent d’être exploités pour le divertissement ou exhibés dans des espaces inadaptés, ces lieux représentent une étape essentielle : celle d’une prise de conscience et d’un changement de paradigme.
La Fondation Franz Weber et la campagne « ELE »
Depuis plus de dix ans, la Fondation Franz Weber (FFW) s’engage activement à mettre fin à la captivité des éléphants en Amérique du Sud, et dans le monde entier, à travers sa campagne « ELE ». Son objectif est clair : permettre le transfert d’éléphants détenus dans des zoos ou des cirques vers des sanctuaires adaptés à leurs besoins.
Ce travail repose sur une approche à la fois diplomatique, politique et opérationnelle. La FFW dialogue directement avec les directions de zoos et les autorités compétentes, afin de parvenir à des solutions concrètes et acceptables pour toutes les parties. Elle accompagne également les démarches administratives complexes liées aux transferts internationaux, et soutient les processus décisionnels permettant d’aboutir à la relocalisation des animaux. Grâce à ce travail, plusieurs des pensionnaires actuelles du SEB ont pu connaître une nouvelle vie, plus digne et respectueuse de leurs besoins d’éléphants.
Pupy et Kenya
En 2025, deux éléphantes africaines, Pupy et Kenya, ont été transférées de zoos argentins vers le sanctuaire dans l’espoir de leur offrir enfin des conditions de vie plus adaptées, après des décennies de captivité. Toutes deux sont malheureusement décédées cinq à six mois après leur arrivée. Les causes exactes de ces décès ne sont pas encore entièrement élucidées, notamment en raison du temps que prennent les analyses post-mortem spécifiques. Une chose apparaît clairement : ces animaux sont d’une extrême fragilité, profondément marqués, physiquement et psychiquement, par une vie passée en captivité. Pour plus d’informations, lire l’édition précédente du JFW.