01.04.2016
Monica V. Biondo

Les gorilles menacés par un projet de téléphérique

Un téléphérique à la frontière entre le parc national des volcans et le parc national des Virunga, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, doit mener jusqu’au plus haut sommet. Un cas à soumettre au programme d’intervention en urgence du «Fonds de réponse rapide» auquel participe la Fondation Franz Weber, en partenariat avec l’UNESCO et Fauna & Flora International.

«Depuis trois ans, je passe mes journées avec des gorilles sauvages. Leur chez­soi est le mien: les forêts embrumées de la chaîne de montagnes des Virunga dominée par ses huit volcans. Trois pays se partagent le Karisimbi haut de plus de 4500 mètres : le Rwanda, l’Ouganda et la République démocratique du Congo». Ainsi commence un article publié par Dian Fossey en 1970 dans le National Geographic.

La chercheuse américaine de renommée mondiale, qui allait être sauvagement assassinée quinze ans plus tard, n’auraitsans doute jamais rêvé de voir ce territoire, dont les dénivellations importantes favorisent une très grande diversité d’espèces végétales et animales, devoir céder la place à un téléphérique et à d’autres infrastructures touristiques, parmi lesquelles un musée et une station d’observation du climat sur le Karisimbi.

Le 24 septembre 1967, elle fonde au pied du volcan la station de recherches «Karisoke Research Center» aujourd’hui célèbre dans le monde entier – «kari» comme les quatre premières lettres du nom du volcan qui domine son campement et «soke» pour le mont Visoke dont les versants se dressent au nord.

Un dernier refuge
C’est précisément sur le Karisimbi que la célèbre université d’élite américaine Massachusetts Institute of Technology (MIT) veut aujourd’hui installer une station de recherche climatologique avec les agences de développement rwandaises. Or, le parc national des volcans, dans le Nord du Rwanda, est limitrophe du parc national des Virunga inscrit en 1979 par l’UNESCO au patrimoine mondial, le plus ancien prc national d’Afrique. Avec le parc national des gorilles de Mgahinga, en Ouganda, il est considéré comme le dernier refuge des derniers gorilles des montagnes, au nombre de 900 environ. Ce territoire frontalier recèle des richesses naturelles uniques au monde.

C’est à Dian Fossey que les gorilles menacés doivent d’être célèbres dans le monde entier. Elle a partagé leur vie pendant dix­huit ans. C’est surtout «Digit» (doigt), qu’elle avait baptisé ainsi en raison d’un doigt estropié, qu’elle portait dans son cœur. Elle était même parvenue à le caresser et le chatouiller. Mais un jour, «Digit» est tué avec brutalité par des braconniers qui lui tranchent les mains et la tête. Dian ne veut dès lors plus entendre parler des hommes.

Une contradiction en soi
C’est une contradiction en soi que, presque quarante ans après le combat infatigable de Dian Fossey pour les gorilles des montagnes et après de terribles guerres civiles, des projets d’extraction de pétrole et le braconnage, les gorilles soient de nouveau menacés, et ce précisément par la recherche et le tourisme. Au cœur de leur domaine, un téléphérique doit servir à ravitailler une station de recherche climatologique du MIT. Pire encore: il doit ouvrir le territoire au tourisme. Des routes de desserte, une station intermédiaire et l’accès facilité au parc vont morceler et réduire encore l’habitat des gorilles menacés d’extinction.

Une étude d’impact sur l’environnement (EIE), douteuse mais acceptée par le gouvernement rwandais, alors que ni la menace sur les gorilles, ni les conséquences pour la population locale n’ont été élucidées, a donné le feu vert au projet, et avec lui au téléphérique et à la station de recherche. Le programme international de protection des gorilles (Programme international pour la conservation des gorilles, PICG) a aussitôt réagi et alerté le Fonds de réponse rapide.

Un secours rapide
Il semblerait qu’aucune consultation transfrontalière n’ait été réalisée. Les principaux représentants des différents intérêts semblent à peine au courant du projet. Le PICG en est convaincu et a donc contacté le RRF, un programme géré par l’UNESCO en partenariat avec Fauna & Flora International (FFI) et la Fondation Franz Weber (FFW). Le PICG veut faire réaliser une nouvelle étude d’impact sur l’environnement prenant en compte toutes les personnes ou instances impliquées. L’organe scientifique du RRF, dans lequel siègent des représentants de l’UNESCO, de FFI et de la FFW, a accepté la demande.

En quelques jours, le RRF a accordé sans passer par la moindre bureaucratie les fonds nécessaires pour permettre au PICG d’agir. Mi­avril, ses représentants ont rencontré des membres du MIT et les agences de développement rwandaises afin d’attirer leur attention sur la problématique de leur projet au Karisimbi.

Dans le parc national des Virunga, 2000 espèces végétales sont recensées, dont 10% ne vivent que là (endémiques). Le parc abrite aussi des concentrations importantes d’animaux sauvages, surtout des éléphants, des buffles et la plus grande population d’hippopotames de toute l’Afrique avec 20000 individus.

«Une aide qui se fait attendre»
En 1970, Dian Fossey termine son article dans le National Geographic par ces mots, qui sont tragiquement encore vrais aujourd’hui: «Les gorilles des montagnes sont donc sérieusement menacés d’extinction, surtout du fait des abus de la population locale dans leur espace vital et de la négligence des personnes civilisées à surveiller consciencieusement les rares territoires consacrés à la protection des gorilles. L’argent ne suffira pas à résoudre le problème. Les groupements protecteurs et les autorités doivent s›impliquer dans des programmes coordonnés s’ils veulent sauver des importuns cette région à cheval sur trois pays et son monde animal. Or, cette aide se fait attendre. J’espère seulement que Rafki, Oncle Bert, Ikarus et mes autres amis de la forêt seront encore en vie lorsqu’elle arrivera.»

 

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