11.09.2021
Fondation Franz Weber

Communiqué aux médias : La CITES donne son blanc-seing à l’exportation d’éléphants de Namibie

Le 8 septembre 2021, le Secrétariat de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) a publié une déclaration, par laquelle il donne son blanc-seing à la capture et à l’exportation de dizaines d’éléphants de Namibie. Ainsi, près de 40 éléphants (adultes et jeunes) seront arrachés à leurs groupes familiaux, transportés hors d’Afrique, où ils finiront leur vie en captivité, dans des zoos ou des « safari parks ». La Fondation Franz We-ber (FFW) s’insurge de la prise de position du Secrétariat de la CITES, qui outrepasse ainsi largement son rôle – comme souvent d’ailleurs.

En principe, les règles de la CITES interdisent à la Namibie d’exporter des éléphants vivants hors de leur habitat naturel. Seulement, et ce n’est pas la première fois,[i] la Namibie n’en a que faire de la règlementation en vigueur : elle interprète de manière totalement abusive une règle pour justifier le fait d’envoyer des éléphants hors d’Afrique[ii]. Aujourd’hui, elle entend capturer et vendre 57 éléphants sauvages, dont 42 seront exportés !

Cette interprétation unilatérale de la CITES par la Namibie est remise en question par d’autres États-membres et par de nombreuses ONG. Ainsi, le Comité permanent de la CITES (organe exécutif) est déjà chargé d’examiner sa légalité lors de sa prochaine session, début 2022.[iii]

Ce sont donc les Parties à la CITES qui devront décider si l’interprétation faite par la Namibie de la Convention – et donc les exportations opérées et celles prévues – est légale. En revanche, tel n’est absolument pas le rôle du Secrétariat de la CITES, qui a pour unique fonction d’assurer le fonctionnement opérationnel de ce traité, et non de se substituer à l’appréciation des Parties quant à l’application de la convention.

« En confirmant l’interprétation de la Namibie, le Secrétariat a non seulement outrepassé ses compétences, mais va encore et surtout à l’encontre de l’évolution des débats et de l’esprit des dernières décisions prises par les Parties à la CITES », explique Anna Zangger, directrice des campagnes internationales de la Fondation Franz Weber (FFW). « C’est tout simplement inacceptable ».

En août 2019, lors de la dernière Conférence des Parties à la CITES (CoP18), celles-ci avaient en effet décidé de restreindre les exportations d’éléphants d’Afrique, afin d’éviter leur envoi dans des zoos hors d’Afrique. Le Groupe de spécialistes de l’éléphant d’Afrique de l’UICN – qui regroupe des biologistes et experts en matière d’éléphants – estime d’ailleurs que de telles exportations « ex situ » ne contribuent aucunement à la protection de l’espèce.[iv]

D’ailleurs, d’après les informations de la FFW sur le terrain,[v] les captures auraient déjà débuté : elles sont opérées principalement dans deux régions du Nord-Ouest où vit une population d’éléphants adaptés au désert, particulièrement vulnérable. Ces captures et exportations pourraient bien signifier la disparition de cette population unique d’éléphants !

« Encore et encore, le Secrétariat de la CITES se positionne en faveur de telles exportations – il en oublie le but premier de la Convention, qui est la protection des espèces ! » s’insurge Vera Weber, présidente de la FFW. « Le Secrétariat devrait être le porte-parole de tous les pays membres, pas uniquement de ceux qui veulent à tout prix vendre leurs éléphants pour du profit à court terme ».

 

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[i] En 2012 et 2013, la Namibie avait vendu respectivement 18  et 6 éléphants au Mexique et à Cuba, en se prévalant d’une interprétation abusive de la CITES.

[ii] La population d’éléphants de Namibie est inscrite à l’Annexe II CITES, avec une annotation qui limite les exportations d’éléphants vivants vers des « programmes de conservation in situ ». Cette limite n’existe toutefois pas pour les populations d’éléphants inscrites à l’Annexe I, lorsque les exportations ont lieu vers des zoos. Le dernier paragraphe de l’annotation relative aux éléphants namibiens prévoit, en lien avec le commerce de l’ivoire, que « tous les autres spécimens sont considérés comme des spécimens d’espèces inscrites à l’Annexe I et leur commerce est réglementé en conséquence. » Cette disposition, initialement adoptée pour protéger davantage les éléphants du commerce de l’ivoire est utilisée par la Namibie pour éviter d’appliquer les règles de l’Annexe II, plus restrictives, et pouvoir ainsi librement vendre ses éléphants hors d’Afrique.

[iii] https://cites.org/sites/default/files/eng/com/ac/31/sum/E-AC31-ExSum-03.pdf

[iv] AfESG. 2003. Déclaration sur la capture d’éléphants sauvages pour leur utilisation en captivité. Groupe de spécialistes de l’éléphant d’Afrique de l’ IUCN-SSC, Mokuti Lodge, Namibie, 2003. https://www.iucn.org/ssc-groups/mammals/african-elephant- specialist-group/afesg-statements/removal-african-elephants-captive-use 

[v] Rapport d’investigation du Dr. Adam Cruise sur les ventes d’éléphants vivants sauvages (Loxodonta africana) de la Namibie, Sept. 2021. https://africanelephantjournal.com/investigation-of-live-elephants/