09.12.2021
Rebekka Gammenthaler

Importation d’articles en fourrure – La Suisse doit dire stop!

Pendant des années, grâce à une intense mobilisation des associations de protection animale, la fourrure était passée de mode. Hélas, depuis quelques années, elle redevient tendance. Pourtant, l’industrie de la fourrure est source de souffrances inimaginables pour les animaux. Les fermes d’élevage, – d’où proviennent 85 % des fourrures commercialisées en Suisse –, sont de véritable camps de torture: enfermés dans des cages insalubres beaucoup trop étroites au sol grillagé, les animaux s’entretuent et peuvent à peine se retourner. Leur fin funeste n’est pas plus joyeuse: afin de préserver les peaux, les animaux sont souvent écorchés vivants…

Régression
Pourquoi porter «du vrai», quand on peut porter du synthétique? Nous ne vivons plus à l’âge des cavernes, où les humains n’avaient d’autres choix pour se vêtir que de porter des peaux de bête! L’âge de glace est bel est bien fini et pourtant, les méthodes cruelles et archaïques liées à la production de fourrures sont de retour. Quelle décadence dans un pays comme le nôtre, par ailleurs si soucieux du bien-être animal! Car si elle n’en produit plus, la Suisse continue d’importer d’énormes quantités d’articles en fourrure produits dans des conditions de maltraitance avérées.

Flou juridique
Pourtant, en 2013, en adoptant une ordonnance sur la déclaration des fourrures (PDV), la Suisse manifestait une certaine volonté de stigmatiser cette industrie mortifère. En vain: cette dernière n’a pas eu les effets escomptés – elle n’a fait baisser ni les ventes de fourrures ni les ventes d’articles en fourrure. En cause? Des dispositions insuffisantes et de graves manquements dans la mise en oeuvre de l’ordonnance. Il apparait en effet que 70 % des entreprises contrôlées ne déclarent pas, ou insuffisamment, leurs produits en fourrure. Pire: des enquêtes et des contrôles par échantillonnage réalisés par les autorités, des associations de protection animale et certains médias, révèlent que les consommateurs s’informant sur les conditions de production des fourrures sont souvent délibérément induits en erreur et incités à acheter! En 2019, le Conseil fédéral a donc procédé à une révision partielle de l’ordonnance, dont la nouvelle mouture est entrée en vigueur le 1er avril 2020.

Inormer les consommateurs
Si cette nouvelle version n’est hélas, guère plus efficace que la précédente, elle a néanmoins le mérite d’imposer la distinction systématique des fourrures d’animaux, qui doivent désormais être étiquetées sous l’appellation «Fourrure véritable». La Fondation Franz Weber salue cette disposition, car il est parfois difficile pour un profane de faire la différence entre la vraie et la fausse fourrure. En outre, lorsqu’il s’agit d’animaux issus de pays étrangers où ils ont été chassés à l’aide de pièges ou élevés dans des cages au sol grillagé, le consommateur doit en être informé: l’étiquette doit clairement stipuler qu’en Suisse, ces pratiques sont illicites et enfreignent la loi sur la protection des animaux.

Progrès insuffisants
Le progrès s’arrête là: la nouvelle ordonnance comporte hélas une disposition qui aggrave considérablement la situation, à savoir la possibilité d’une mention «Origine inconnue». Grâce à ce label, il est possible de vendre des fourrures dont le lieu de production n’est pas précisé! Un scandale que dénonce la FFW: la moindre des choses serait que les fabricants de fourrures fournissent ne serait-ce qu’une indication approximative concernant la provenance de leurs produits, c’est-à-dire le pays ou bien la zone géographique dans laquelle ont été élevés et abattus les animaux dont ils vendent la fourrure. S’ils ne sont pas en mesure de le faire, ils ne devraient pas proposer les articles concernés à la vente. En effet, comment déterminer comment les fourrures ont été faites, si l’on ne sait même pas d’où elles viennent ?

Formulation vague
Qui plus est, la nouvelle déclaration sur la nature inconnue du mode de production et de fabrication des fourrures est encore moins explicite qu’avant. Jusque-là, les fournisseurs devaient montrer patte blanche et préciser certaines choses: «Peut provenir de la chasse avec pièges, de la chasse sans pièges ou de toute forme d’élevage, notamment l’emprisonnement en cage» pouvait-on lire. À présent, la formulation est plus neutre: «Mode de production inconnu – peut provenir d’une forme d’élevage ou de chasse non autorisée en Suisse.» Or tant qu’il ne sera pas obligatoire de dévoiler les conditions de détention des animaux et les méthodes employées pour les tuer, cela ouvrira un boulevard à la maltraitance animale!

De fait, l’ordonnance de 2020 ne sert presqu’à rien, étant donné que la Suisse continue d’autoriser l’importation et la vente de fourrures fabriquées dans des conditions cruelles.

Une seule solution: L’interdiction totale
Cette situation n’est pas acceptable. Un pays comme la Suisse, soucieux du bien-être animal, ne peut tolérer un tel laxisme. Pour mettre un terme à ce commerce lugubre, seul un arrêté interdisant l’importation de ces marchandises pourra assurer le salut des animaux. Car seule une interdiction totale permettra d’empêcher aux consommateurs de trouver à l’étranger ce qu’ils ne peuvent se procurer sur le territoire suisse. En outre, une interdiction d’importation serait parfaitement compatible avec les engagements commerciaux internationaux de la Suisse. Ce ne serait pas la première fois que des interdictions de cet ordre seraient prononcées pour le bien des animaux. Comment oublier l’action de la Fondation Franz Weber concernant la chasse au phoque, qui a conduit l’Europe à interdire l’importation de produits dérivés du phoque, ce que la Suisse a finalement entériné en 2017?

Forte mobilisation…
Soucieuses de respecter la tradition démocratique fortement ancrée dans notre pays, la FFW et ses partenaires ont interrogé le peuple suisse sur cette question. La mobilisation n’a pas tardé à se manifester: le 20 septembre dernier, la Fondation Franz Weber et plusieurs associations de protection animale remettaient à la Chancellerie fédérale de Berne, une pétition intitulée «Aucune importation de produits à base de fourrure obtenus par maltraitance d’animaux». Au total, plus de 42 000 personnes ont soutenu cette requête! Le message ne pourrait être plus clair…

Encore un long chemin vers la liberté…
Au cours de la session parlementaire de l’hiver 2019, le conseiller national Matthias Aebischer a déposé la motion 19.4425, «interdire l’importation de produits de la pelleterie issus d’animaux maltraités», afin de mettre un terme à ces pratiques cruelles. Cette motion a pour objectif de charger le Conseil fédéral, en vertu de la compétence qui lui est reconnue à l’article 14, alinéa 1 de la LPA, d’interdire l’importation d’articles en fourrure produits dans des conditions de maltraitance animale. La motion sera probablement examinée lors de la prochaine session d’hiver, qui se tiendra du 29 novembre au 17 décembre 2021. Si elle est acceptée par le Conseil national, il reviendra ensuite au Conseil des États de se prononcer. Seule son acceptation par ce dernier peut lui conférer un ancrage légal.