02.06.2013
LPO Rhône-Alpes / Fondation Franz Weber

Fini, les massacres d’oiseaux au Col de l’Escrinet!

Le col de l’Escrinet en Ardèche, France, est un site exceptionnel pour l’étude de la migration de printemps. Il se situe exactement dans l’axe migratoire et constitue un véritable „couloir“. Ainsi, déjà en 1985, pas moins de 150 espèces différentes d’oiseaux ont pu y être observées.

Dès 1982, de la mi-février a la mi-avril, les ornithologues des associations françaises CORA et FRAPNA y réalisent des comptages profitant à
toute la communauté scientifique, tant au niveau national qu’international. En 1987, les associations achètent un terrain de 3 hectares sur le col
afin de faciliter la réalisation d’études. Jusqu’en 1990, le grand public participe en masse aux activités organisées par ces associations.

Sous le règne des chasseurs
Ce col est un lieu de passage du Pigeon ramier qui est très prisé par les chasseurs. Les activités du CORA et de la FRAPNA deviennent difficiles avec l’occupation du col par des centaines de chasseurs, chassant en toute illégalité cette espèce de février à fin mars. Dès 1985, les chasseurs opposent aux ornithologues une hostilité de plus en plus violente.

Les braconniers, soutenus par la fédération départementale des chasseurs de l’Ardèche, obtiendront, durant plusieurs années de suite, du Préfet de l’Ardèche une prolongation tout à fait illégale de la chasse au Pigeon ramier en mars. Les arrêtés successifs du Préfet sont tous attaqués en justice avec succès par les associations de protection de la nature, réunies au sein d’un collectif «Escrinet Col Libre».

Les populations de Pigeon ramier en migration, concernées par ces tirs illégaux, sont celles qui hivernent en Espagne et en Aquitaine. Elles ont pour origine les pays du nord de l’Europe et sont qualifiées de longues migrantes. Leur état de conservation est unanimement reconnu comme étant mauvais en raison du déclin important qui les caractérise. Ces faits étaient connus tant du gouvernement français que des instances cynégétiques.

Cinq ans de terreur
En 1991, les associations se voient interdire l’accès à leurs propriétés du col par les chasseurs qui occupent le site en masse et tirent sur les pigeons en toute illégalité sans être verbalisés. Le camp d’observation de la migration ne pourra plus se tenir pendant 5 années.

En 1999, le Ministère de l’Environnement ordonne enfin à la garderie de l’Office Nationale de la Chasse de verbaliser les braconniers. Mais
l’opération tourne mal, et les 25 gardes de l’ONC sont séquestrés une journée entière. Le lendemain et les huit jours suivants, le braconnage reprend de plus belle en toute impunité sur 9 cols ardéchois, y compris sur des espèces protégées.

Se sentant impuissants et ne sachant plus que faire, les associations demandent de l’aide à l’écologiste suisse Franz Weber et sa fondation.

Le tournant
L’événement médiatique international organisée au mois de mars 2001 par Franz Weber et les organisations ardéchoises de protection des oiseaux et de l’environnement à Aubenas, connait un retentissement au-delà des frontières françaises. Le 16 mars 2001, malgré une pluie
battante, après une impressionnante conférence de presse qui a réuni de très nombreux journalistes de télévisions, journaux, radios et internet, venus de toute l’Europe et même d’Afrique, ces médias, les représentants de la Fondation Franz Weber et ceux du Collectif Escrinet Col Libre, escortés par d’impressionnantes forces de gendarmerie, ont pu enfin se rendre sur le terrain de la FRAPNA, au Col de l’Escrinet, sous les yeux des braconniers tenus à distance par les gendarmes.

Au printemps 2003, la Fondation Franz Weber achetait le terrain directement situé au col. C’est depuis ce terrain stratégique en mains des protecteurs des oiseaux que se fait désormais le suivi de la migration du début février à fin avril, avec le soutien de la fondation. Le Col de l’Escrinet est devenu, effectivement, le nouvel étendard de l’écologie européenne, sortant enfin du silence grâce à l’action de Franz Weber.

Le col de l’Escrinet : un site de migration important
La majorité des oiseaux qui sont observés à l’Escrinet sont des passereaux avec au premier plan les Pinsons des arbres Fringilla coelebs soit
environ 50 à 80 % des oiseaux comptés selon les années. Une grande diversité d’espèces caractérise le passage au col. Plus de 180 espèces
ont été observées depuis les débuts des comptages en 1982, et en moyenne 120 espèces par saison. L’Escrinet est aussi un haut lieu de la migration prénuptiale pour les rapaces avec une moyenne de 10 000 par saison. Il s’agit principalement du Milan noir Milvus migrans (2500 en
moyenne/saison), de la Buse variable Buteo buteo (1500 en moyenne/saison) et de la Bondrée apivore Pernis apivorus (1500 à 6500 pour la meilleure saison). Ces trois espèces ne sont pas les seules à passer le col avec des effectifs notables. Busard des roseaux Circus aeroginosus, Faucon crécerelle Falco tinnunculus et Epervier d’europe Accipiter nisus migrent aussi en nombre, de l’ordre de 600 à 800 individus par espèce et par an. Soulignons l’augmentation des effectifs observés année après année du Circaète Jean-le-Blanc Circaetus gallicus, avec plus de 100 individus en 2012. Ce phénomène s’explique par l’expansion de son aire de nidification vers le Nord.

Le Milan royal Milvus milvus est lui aussi observé de plus en plus nombreux au dessus de la tête des compteurs, avec 347 individus en 2012. Espèce phare du site avec des conditions d’observation parfois époustouflantes, le Balbuzard pêcheur Pandion haliaetus est observé en moyenne à hauteur de 100 individus avec une année exceptionnelle à 198 individus en 1992. Peu de sites en Europe permettent de tels effectifs pour cette espèce. Les conditions d’observation sont d’une proximité telle que l’on estampille parfois l’oiseau du «Label Escrinet», pour la plus grande joie des photographes et observateurs.

Les cigognes blanches
Dans une moindre mesure que le long de leur axe majeur, la vallée du Rhône, les Grands cormorans Phalacrocorax carbo transitent en effectifs non négligeables par le col avec environ 5 000 oiseaux. On peut également observer des groupes de Cigognes blanches Ciconia ciconia durant le mois de Mars avec cette année, le plus gros vol jamais observé sur le site avec 108 individus le dimanche 3 mars 2013. Ce passage s’effectue plus tardivement que sur la vallée du Rhône, environ un mois plus tard, ceci pouvant s’expliquer par des ascendances plus nombreuses ce mois là, permettant à ces grands planeurs de «couper» par le Languedoc et emprunter la voie du col.

Les Grues cendrées Grus grus franchissent la ligne de crête également à cet endroit, en marge des gros passages du Centre de la France, mais leur cri anime l’espace sonore et remplace le bruit des voitures durant quelques secondes. Il est ici question de 300 individus en moyenne par saison.

Le miracle des «vols bleus»
S’il est une espèce emblématique qui emprunte l’entonnoir naturel de l’Escrinet, c’est le Pigeon ramier Columba palumbus. Ces «vols bleus» qui le temps de quelques secondes arrêtent la pendule, imposent un grand silence parmi les observateurs qui se contentent de contempler le spectacle de ces oiseaux en migration désormais libre, objet de tant de convoitise. Ce sont en moyenne 9 000 oiseaux qui passent par an.

En février 2013, la Ministre de l’Ecologie a définitivement refusé aux chasseurs de leur accorder une dérogation pour chasser le pigeon ramier en mars en Ardèche. Face à cette décision, les chasseurs ont à nouveau manifesté au col le 2 mars 2013, en promettant qu’ils continueront la pression en 2014 année électorale en France.

 

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