Du 31 janvier au 5 février 2026, vingt-cinq des trente-deux pays membres de la Coalition pour l’éléphant d’Afrique (CEA) se sont réunis au cœur du Amboseli National Park, au Kenya, pour définir des priorités communes et renforcer leur coordination en faveur d’une protection stricte et durable de l’éléphant d’Afrique. Pour la Fondation Franz Weber (FFW), partenaire historique de la CEA et soutien financier et logistique de cette rencontre, la déclaration adoptée constitue un signal politique fort et porteur d’espoir.
Un moment stratégique pour la protection de l’éléphant d’Afrique
La Coalition pour l’éléphant d’Afrique a été fondée en 2008 à Bamako (Mali), et regroupe aujourd’hui trente-deux États de répartition de l’espèce, unis autour d’une conviction commune : en tant qu’espèce emblématique de tout un continent, l’éléphant d’Afrique doit bénéficier d’une protection stricte, qui ne peut être assurée que par une action collective et coordonnée des États africains.
Réunis au Parc national d’Amboseli, au Kenya, dans un paysage emblématique dominé par le Kilimandjaro, les représentants de vingt-cinq pays membres ont travaillé pendant cinq jours à l’institutionnalisation de la CEA et à l’élaboration d’objectifs communs pour les prochaines années. Les échanges ont porté sur les principaux défis auxquels l’espèce est confrontée : le braconnage et les réseaux criminels transnationaux, la pression croissante sur les habitats, l’augmentation des conflits entre humains et éléphants, ainsi que la nécessité de renforcer les capacités des autorités nationales en matière de protection et de gestion.
Dans un contexte international impliquant parfois des compromis fragilisant la conservation, la réunion d’Amboseli a permis de réaffirmer un principe clair : l’éléphant d’Afrique ne peut être protégé efficacement que par une coopération étroite entre les pays de l’aire de répartition.
Une dynamique politique positive et un front commun renforcé
Parmi les résultats majeurs de la rencontre figure la volonté clairement exprimée des États membres de parler d’une seule voix dans les forums internationaux consacrés à la faune sauvage. Cette coordination est déterminante, notamment dans le cadre des débats sur le commerce international des espèces menacées et sur les politiques de gestion des populations d’éléphants.
Les délégations ont également souligné l’importance de soutenir les communautés locales vivant à proximité des éléphants. La protection de l’espèce ne peut être dissociée de la sécurité des populations, de la reconnaissance de leurs contraintes quotidiennes et de la mise en place de mécanismes concrets de coexistence. Plusieurs pays ont partagé leurs expériences en matière de prévention des conflits, de systèmes d’alerte, de protection des cultures et d’implication communautaire dans la surveillance et la conservation.
Le renforcement des capacités au centre de la réunion
Tous les pays présents ont relevé la nécessité d’investir davantage dans la formation, afin de répondre de manière adéquate aux conflits homme-éléphant, d’endiguer la perte d’habitats, d’assurer l’existence de corridors de migration, et de lutter plus efficacement contre les réseaux de trafic d’ivoire et la criminalité organisée.
Répondant à cette demande, la FFW a organisé, sur place, plusieurs ateliers techniques et conférences sur:
• la biologie des éléphants (par le Dr. Keith Lindsay, biologiste expert en éléphants d’Afrique);
• les implications en matière de réglementation internationale (en coopération avec une organisation partenaire, David Shepherd Wildlife Foundation);
• le recensement des populations (notamment grâce à la participation du Groupe des spécialistes de l’éléphant d’Afrique de l’UICN);
• la gestion des conflits homme-éléphant (contribution essentielle de l’Amboseli Trust for Elephants (ATE), une organisation qui observe individuellement les éléphants du parc depuis cinquante ans); et
• les mécanismes de financement de la conservation (présentation donnée par Tom Sciolla, expert de la FFW en conservation de la biodiversité et conversion des zoos).
La qualité de ces présentations a été à la hauteur de la richesse et de la profondeur des échanges qui ont suivi.
Amboseli, symbole vivant des enjeux de conservation
Le choix du parc national d’Amboseli n’était pas anodin. Ce site est mondialement reconnu pour ses populations d’éléphants et pour les programmes de recherche de long terme qui y sont menés. Sur le terrain, les participants ont pu observer directement la complexité de la gestion des éléphants dans des paysages où les frontières administratives ne correspondent ni aux routes migratoires ni aux réalités écologiques.
Ces observations ont renforcé un message central de la réunion : la protection de l’éléphant d’Afrique ne peut se limiter à des aires protégées isolées. Elle exige une approche à l’échelle des paysages, incluant les corridors de migration, la coopération entre pays voisins et l’intégration des enjeux climatiques, qui modifient déjà la disponibilité de l’eau et des ressources.
Les éléphants vivants doivent rester en Afrique
Les États présents ont également réaffirmé une conviction fondée sur la science : les éléphants n’ont pas leur place en captivité, dans des zoos ou des cirques situés hors du continent africain. La conservation des éléphants d’Afrique doit se faire exclusivement in situ, c’est-à-dire au sein de leur aire de répartition naturelle et historique.
Chaque éléphant prélevé dans la nature pour alimenter l’industrie des zoos est, d’un point de vue écologique, un éléphant perdu : il ne remplit plus son rôle d’ingénieur des écosystèmes, ne contribue plus à la dynamique et à la résilience des populations sauvages, et se voit privé des conditions mêmes qui définissent la vie d’un éléphant.
Un message d’espoir pour les années à venir
Les États membres se sont engagés à renforcer leurs mécanismes de suivi et d’échange d’informations, ainsi qu’à préparer, de manière concertée, leurs positions pour les prochaines échéances internationales. Dans un monde où la biodiversité décline à un rythme alarmant, et où le trafic de l’ivoire est encore une réalité, le rassemblement de vingt-cinq pays africains autour d’un objectif commun — protéger strictement l’éléphant d’Afrique et préserver son avenir à l’état sauvage — constitue un signal politique extrêmement fort.