02.05.2022
Anna Zangger

Il y a 50 ans, Franz Weber créait Sauver Lavaux

En 1972, un projet immobilier menace Lavaux. Appelé à la rescousse par les habitants d’Aran-Villette, Franz Weber se rend sur place. Époustouflé par la beauté du site, il fonde, le 4 février 1972, l’association Sauver Lavaux.

Trois initiatives cantonales plus tard, ce vignoble unique est protégé par la Constitution vaudoise.

Patrimoine en danger
Nous sommes en 1972. Alertée par un projet de construction, une poignée d’habitants et de vignerons d’Aran-Villette tire la sonnette d’alarme : Lavaux, ce magnifique vignoble en terrasses au bord du lac Léman est en danger. Désemparés, les habitants ne voient qu’un homme capable d’assurer le salut du site : Franz Weber. Journaliste à Paris, il s’était déjà illustré pour sauver le village de Surlej et les rives des lacs de Sils et Silvaplana en Engadine, et les gens croyaient en lui. A leurs yeux, Franz Weber était le seul capable de sauver Lavaux. Ils avaient raison ! Appelé à la rescousse, Franz Weber se rend immédiatement sur place. Époustouflé par la beauté du site, il fonde avec son épouse et Me Heider, avocat lausannois, l’association Sauver Lavaux le 4 février 1972. Séduits par l’initiative, des vignerons rejoignent le Comité de l’association, ainsi que Suzanne Debluë, aujourd’hui présidente de l’association.

Mobilisation
Pour Franz Weber, seule une action de grande envergure pouvait sauver le vignoble. En 1973, il lance donc une initiative cantonale pour inscrire dans la Constitution vaudoise la protection absolue de ce terroir. C’est un triomphe ! Alors que 12 000 signatures étaient nécessaires, Sauver Lavaux en récolte 28 000. C’est la première fois qu’en Suisse, les caractéristiques paysagères d’une région entière sont protégées par une initiative cantonale. « Le Canton a combattu l’initiative par un contre-projet », rappelle Suzanne Debluë, « mais la région tient trop à cœur des vaudoises et des vaudois, qui se sont mobilisés en masse pour protéger le vignoble et les sites, une fois pour toutes ».

En 2002, le Canton de Vaud entendait profiter d’une révision de sa Constitution pour passer à la trappe l’article introduit par l’initiative de Franz Weber. Le sang de ce dernier n’a fait qu’un tour : dénonçant une violation inacceptable de la volonté populaire, il lance une nouvelle initiative, « Sauver Lavaux 2 », plébiscitée par le peuple vaudois en 2005 à 81% des voix. Malgré cette victoire écrasante, Sauver Lavaux constate sur le terrain que les projets de construction continuent à se multiplier, et enchaine les recours. « Sauver Lavaux 3 » tentera en vain de durcir la loi mais pour la première fois, l’initiative est rejetée au profit d’un contre-projet du Conseil d’Etat vaudois.

CONTINUER LE COMBAT POUR L’AVENIR
Depuis, Sauver Lavaux poursuit son combat, jour après jour. Car malgré l’inscription du site à l’UNESCO, les promoteurs continuent de lorgner sur les précieuses terrasses en vignes. « On oublie parfois que c’est grâce à Franz Weber et à Sauver Lavaux, que nous nous émerveillons encore devant ce paysage unique au monde, et que les générations futures pourront en profiter » rappelle Vera Weber, vice-présidente de Sauver Lavaux. « C’est cela, l’héritage de mon père : avoir pu préserver ce magnifique joyau pour les habitants du Canton de Vaud, de la Suisse et du monde entier ».

 

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