08.02.2018
Vera Weber

L’ONU recommande à l’Espagne d’interdire la participation des mineurs à la corrida

Le Comité des droits de l’enfant de l’ONU, organe international le plus important en matière de droits de l’enfant, vient d’adresser une recommandation à l’Espagne, sur la base d’un rapport par la Fondation Franz Weber dans le cadre de sa campagne “Infancia Sin Violencia” (Enfance sans violence). Le Comité demande que la participation des mineurs en tant que torreros ou spectateurs soit interdite afin de les préserver des effets nocifs de la corrida. Sept des huit pays qui connaissent encore ces pratiques ont désormais été priés d’interdire la tauromachie à tout mineur, en raison de l’extrême violence de cette “tradition”.

Le Comité des droits de l’enfant, qui évalue la mise en œuvre de la Convention relative aux droits de l’enfant de l’Organisation des Nations Unies (ONU), a recommandé ce jour que l’Espagne n’autorise plus les enfants et les adolescents à participer ou assister aux évènements taurins.

La Convention relative aux droits de l’enfant garantit le droit de tout enfant ou adolescent à un niveau de vie adéquat pour son développement physique, mental et social, et consacre le devoir de l’Etat d’adopter toutes mesures nécessaires pour assurer cette protection.

La FFW a présenté un rapport au Comité, par lequel elle a attiré l’attention de cet organe sur l’existence, en Espagne, d’évènements taurins dans le cadre desquels les enfants étaient témoins d’actes d’une violence rare, à l’instar d’écoles taurines (plus d’une cinquantaine) qui mettent en péril l’intégrité physique et mentale de ces mineurs. Ainsi, la FFW, en collaboration avec la CoPPa, a démontré, au travers de sa campagne « Infancia Sin Violencia » (Enfance sans Violence), que les garanties de la Convention ne sont pas respectées dans le cadre de la tauromachie.

Le 22 janvier 2018, la session publique, réunissant les membres Comité de l’ONU et la délégation du gouvernement espagnol, s’est tenue à Genève.

« La tauromachie implique une extrême violence pour les enfants. Elle devrait être interdite pour tous les enfants de moins de 18 ans. Non seulement pour les enfants toréadors, mais également pour ceux qui y assistent en tant que spectateurs. Le Comité est très préoccupé par la protection d’enfants exposés à cette violence. Nous espérons que le gouvernement d’Espagne et de ses différentes communautés interdise leur participation à des activités taurine » a affirmé Gehad Madi, membre du Comité des droits de l’enfant.

Les membres de la délégation espagnole ont fourni, en réponse, des explications qui n’ont pas convaincu le Comité. En effet, ils se sont bornés à expliquer que l’accès aux évènements taurins était réglementé par les Communautés autonomes, qui choisissent parfois d’imposer un âge minimal de 14 ans pour pouvoir participer à certaines activités dans les écoles de tauromachie. Toutefois, le Règlement national applicable ne sanctionne pas les violences auxquelles les enfants sont exposés dans ce cadre.

Par conséquent, le Observations finales émises par cet Organe à l’attention de l’Espagne recommandent de modifier la législation nationale existante pour interdire l’accès, en tant que spectateurs ou participants actifs, d’enfants et adolescents aux diverses fêtes taurines.

« Le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant, qui est l’essence-même de la Convention, prévaut sur le droit d’accès à la culture » explique Anna Mulá, avocate de la Fondation Franz Weber.

La dernière recommandation consolide la position de l’ONU concernant la violation des droits de l’enfant par les évènements taurins. Le Comité a en effet déjà formulé des recommandations similaires aux autres pays qui connaissent encore ces pratiques macabres, afin qu’ils éloignent les mineurs de la violence de la tauromachie.

« L’ONU nous a offert un argument supplémentaire pour combattre ces spectacles cruels, violents et anachroniques : les victimes des évènements taurins ne sont pas seulement les taureaux et les chevaux, mais la société tout entière, y compris les enfants et les adolescents », selon Vera Weber, présidente de la Fondation Franz Weber.

Concluding Observations (en anglais)

(Pour de plus amples informations voir note ci-dessous)

 

NOTE D’INFORMATION – FONDATION FRANZ WEBER

Fondation Franz Weber 

Fondée en Suisse en 1975 par l’écologiste suisse Franz Weber, la Fondation Franz Weber est reconnue dans le monde entier pour ses campagnes pour la protection de la nature, des animaux et du patrimoine culturel.

  • La Fondation Franz Weber a son siège en Suisse, mais son action s’étend à de nombreux pays, en Europe, en Australie, en Afrique et en Amérique latine, et son travail a des répercussions dans le monde entier.
  • L’un de ses objectifs consiste à éradiquer la violence exercée à l’encontre des animaux et des êtres humains sous forme de spectacle, et, en particulier, à abolir les corridas dans les huit pays où ces pratiques cruelles sont encore légales (Portugal, Colombie, Mexique, Pérou, France, Venezuela, Équateur et Espagne). Tous ces pays organisent des corridas avec mise à mort du taureau, à l’exception du Portugal et de quelques régions d’Espagne (Îles Baléares) et d’Équateur (Quito et certains cantons équatoriens) qui les ont interdites.

La campagne « Infancia sin Violencia » ?

  • La campagne a pour objectif de protéger les enfants et les adolescents de la violence qu’engendre la tauromachie, et de prévenir la grave atteinte au droit international de la protection de l’enfance et de l’adolescence En effet, outre les taureaux et les chevaux, la violence de la tauromachie fait d’autres victimes ; les enfants.
  • Alertée par des rapports de la FFW, L’ONU, au travers du Comité des droits de l’enfant, a exhorté la communauté internationale à protéger les enfants et les adolescents de la violence de la tauromachie. La violence physique et mentale à laquelle sont exposés les enfants mineurs qui s’entraînent et pratiquent au sein des écoles tauromachiques et des élevages taurins privés, qui participent aux corridas en tant que toreros et qui assistent à tout type de manifestation taurine, viole la Convention relative aux droits de l’enfant.
  • La FFW a présenté différents rapports d’enquête qui décrivent en détail les activités de tauromachie impliquant des enfants au Portugal, en Colombie, au Mexique, en France, au Pérou, en Équateur et en Espagne. Elle a assisté aux sessions du Comité, et a contribué à la rédaction des observations finales de cet organe concernant la mise en œuvre de la Convention par les pays où la tauromachie est toujours légale.
  • Grâce à ce travail, le Portugal (janvier 2014), la Colombie (janvier 2015), le Mexique (juin 2015), le Pérou et la France (février 2016), l’Équateur (septembre 2017) et l’Espagne (janvier 2018) ont été exhortés à adopter les mesures législatives, administratives et éducatives nécessaires visant à interdire ces pratiques.
  • La Fondation Franz Weber a pu compter sur la collaboration d’entités locales de chacun des pays pour mener à bien son travail d’enquête, dont la plateforme Basta au Portugal, la plateforme ALTO en Colombie et la fondation PAE en Équateur. Elle a également bénéficié des conseils scientifiques de la CoPPA, une coordination de professionnels de la prévention des abus, qui intervient dans le domaine des droits de l’homme, et de l’ERAH, l’office pour les études de la relation entre les animaux et les hommes, un service du gouvernement de la province du Guayas, en Équateur, qui travaille sur la prévention de toute forme de violence sociale.

Ecoles taurines, enfants toreros, présence dans les arènes et participation aux fêtes populaires

  • On compte des centaines d’écoles taurines réparties dans huit pays, l’Espagne arrivant en tête avec 58 écoles, suivie par le Mexique, qui en compte 45.
  • Des milliers d’enfants, dès leur plus jeune âge, suivent des cours pour apprendre à meurtrir physiquement et volontairement un être vivant, dans le but de lui infliger des blessures jusqu’à ce que mort s’ensuive, en utilisant des instruments métalliques effilés aux extrémités. Leur intégrité physique et psychique est donc compromise lors de leur participation à des manifestations à caractère privé ou public, au cours desquelles ils doivent affronter l’animal. L’âge auquel ils intègrent ces écoles dépend de chaque centre de formation ou de la réglementation régionale. On y accepte habituellement les enfants dès l’âge de 5 ans. En Espagne, l’âge requis pour participer aux cours pratiques sur des animaux vivants est de 14 ans.
  • Bien que ces informations ne soient communiquées qu’avec réticence et ne fassent pas l’objet d’une grande publicité, les enfants sont victimes d’accidents graves lors des entraînements privés et des démonstrations publiques.
  • Dans ces pays, il est possible d’être un professionnel de la tauromachie en étant encore mineur (enfant torero). Ainsi, les enfants qui s’entraînent dans des écoles taurines et dans des élevages participent à des spectacles publics simulant une fête taurine. Le public ayant préalablement payé un certain prix pour y assister, ces spectacles constituent de fait une forme d’exploitation infantile.
  • Outre la maltraitance et la souffrance infligées à l’animal, les enfants qui assistent à des manifestations taurines sont également susceptibles d’assister à des scènes d’une grande violence à l’encontre d’êtres humains, lors des accidents et des décès qui surviennent pendant ces spectacles. Chaque année, des centaines d’accidents touchant les toreros se produisent dans les arènes en présence d’enfants.
  • Plusieurs études de psychologie clinique portant sur la violence ont révélé les effets négatifs sur la santé mentale des enfants exposés à des corridas publiques, ovationnées par des adultes.
  • Pour les pays étudiés, les restrictions d’accès légales aux arènes sont les suivantes : Équateur (16 ans), Colombie (14 ans accompagné d’un adulte, ce qui, selon ces mêmes études, est pire puisque l’adulte est un référent pour l’enfant), Portugal (12 ans), Mexique (uniquement pour la commune de León, 14 ans) et Espagne, territoires espagnols de Galice (12 ans) et Îles Baléares (18 ans).
  • Dans ces pays, les corridas sont régulièrement retransmises à la télévision, par des chaînes publiques ou privées, ce qui donne lieu à une importante polémique, car ce type de contenu est diffusé dans des plages horaires considérées comme de « protection de l’enfance ».
  • En marge des corridas, dans l’ensemble de ces pays, il existe d’autres types de « fêtes populaires taurines » accessibles aux enfants. Outre le fait que ceux-ci assistent à de nombreuses scènes impressionnantes et sanglantes, où des animaux et des hommes sont gravement blessés ou tués de manière violente (parfois même des membres de leur propre famille ou des personnes de leur connaissance), ces enfants font également partie des victimes qui décèdent.