24.08.2020
Rebekka Gammenthaler

Le héron cendré : les politiciens lui tirent déjà dessus

En raison de son féroce appétit pour le poisson qui lui valut d’âpres persécutions, le héron cendré avait quasiment disparu de Suisse au début du 20e siècle. Heureusement, sa population s’est depuis lors reconstituée. De nouveau menacé d’éradication, le héron cendré doit impérativement être protégé !

Environ 1 600 à 1 800 couples nicheurs de hérons cendrés vivent en Suisse. En outre, plus de 2 000 hérons cendrés migrent chaque année à travers la Suisse. Leur habitat se situe en basses altitudes jusqu’à 1 000 mètres au-dessus de la mer. Le héron cendré figure sur la liste des espèces protégées de l’annexe 3 de la Convention de Berne*. Il se nourrit de poissons, de petits rongeurs (souris) et d’amphibiens. Les agriculteurs le considèrent comme un oiseau utile, car il chasse les souris de leurs champs.

Comment le héron cendré est-il protégé par la loi actuelle ?
Selon l’art. 5, al. 1 de l’actuelle Loi sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (LChP), le héron cendré est considéré comme une espèce protégée, c’est-à-dire ne pouvant pas être chassée. Selon l’art. 7, al. 2 et l’art. 12, al. 4 de la LChP, une régulation de la population est possible à titre exceptionnel, avec l’assentiment de la Confédération, si le héron cendré « porte atteinte à son biotope ou cause des dégâts importants ». En outre, l’art. 12, al. 2 de la LChP autorise les cantons à abattre certains hérons cendrés dès lors que ceux-ci occasionnent des dégâts importants. Par le passé, les cantons ont toutefois régulièrement effectué des tirs en marge de la légalité.

Jusqu’en 2015, en moyenne 55 hérons cendrés étaient ainsi abattus chaque année. Un chiffre largement supérieur aux « tirs isolés » autorisés par la législation. Assimilables à une régulation de la population, ils auraient dû être approuvés par la Confédération. Après l’arrêt prononcé par le Tribunal fédéral en 2015, selon lequel ces tirs auraient dû être soumis à une autorisation (et qui par conséquent étaient illicites), les cantons ont continué à ordonner l’abattage de 78 hérons cendrés, toujours sans l’aval de la Confédération, c’est-à-dire sans jugement de la situation par l’Office fédéral compétent.

Que changerait la nouvelle loi pour la protection du héron cendré ?
En cas d’adoption de la loi révisée, le héron cendré demeurerait une espèce protégée (c’est-à-dire qu’il est interdit de chasser), mais le Conseil fédéral pourrait l’inscrire à tout moment sur la liste des espèces dont la régulation est autorisée, sans avoir à consulter le Parlement ou le peuple.

Il serait également plus aisé de l’inscrire a posteriori, par voie d’ordonnance, sur la « liste d’abattage », par exemple si une motion en ce sens est adoptée, et cela sans que le peuple n’ait son mot à dire. Une énorme pression politique s’exerce d’ores et déjà pour que le héron cendré figure sur cette liste. La majorité de la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie (UREK) du Conseil national souhaite ainsi la régulation de cette espèce d’oiseaux. Tout laisse présager qu’avec la révision de la LChP le héron cendré atterrirait rapidement sur la « liste d’abattage ». Il pourrait alors devenir « quasi chassable », chaque canton étant libre de décider s’il souhaite faire abattre cet oiseau protégé et cela sans avoir à prouver qu’il ait causé le moindre dommage.

Sa réputation de prétendu « nuisible » colle encore aux plumes du héron cendré. Il peut évidemment arriver que certains oiseaux causent des dégâts dans des piscicultures, mais des mesures simples (p.ex. la pose de filets) peuvent éloigner les chapardeurs.

Jusqu’au début du 20e siècle, ce « dévoreur de poissons » a tellement été victime de persécutions qu’il a pratiquement disparu de Suisse en tant qu’oiseau nicheur. Cela ne doit plus jamais se produire ! Au cours de ces vingt dernières années, les effectifs du héron cendré ont de nouveau légèrement baissé en Europe ; l’abattage des oiseaux et la destruction des colonies nicheuses en sont responsables, du moins dans certaines régions. Il y a donc fort à parier qu’un assouplissement des mesures de protection aurait également un impact destructeur sur la population de hérons cendrés de Suisse.

Par conséquent : votez NON à la révision de la LChP le 27 septembre 2020 !

Source : fiche d’information sur le héron cendré de l’association « Loi sur la chasse NON »

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